Pour comprendre pourquoi le curé de Cany a jugé bon de préciser, noir sur blanc, que la maladie de Jean était connue de tous, il faut se replonger dans le regard que le XVIIIe siècle portait sur l'épilepsie.
Depuis l'Antiquité, le mal portait des noms qui en disent long sur la manière dont on se le représentait : « maladie sacrée » chez Hippocrate, « mal comitial » à Rome, où une crise suffisait à faire suspendre les assemblées politiques, ou encore « haut mal », « mal de terre » et « mal Saint-Jean » dans la tradition populaire française. Ce dernier nom venait d'une légende associant les convulsions à la danse de Salomé devant Hérode, réclamant la tête de Jean-Baptiste.

Au XVIIIe siècle, l'explication savante hésite encore entre déséquilibre des humeurs et cause surnaturelle : le basculement vers une compréhension neurologique de la maladie ne s'amorce vraiment qu'à la toute fin du siècle, avec le médecin suisse Tissot, et il faudra attendre les aliénistes du XIXe siècle (Esquirol notamment) pour qu'elle devienne une affaire proprement médicale plutôt que morale ou religieuse.
En attendant, dans les campagnes, on soigne comme on peut : amulettes, plantes portées en collier, le gui de chêne était réputé efficace s'il était cueilli frais, recours aux saints guérisseurs et parfois aux rebouteux. En Normandie, région de Jean Blondel, on utilisait spécifiquement des amulettes gravées aux noms des rois mages contre ce mal.
Mais la maladie faisait surtout peur. Considérée comme contagieuse, parfois comme héréditaire, associée à la possession démoniaque, elle valait à ceux qui en souffraient suspicion et mise à l'écart. C'est peut-être ce qui explique la formulation de l'acte d'inhumation de Jean : en rappelant que son mal était de notoriété publique, le curé ne dénonce pas une tare cachée, il inscrit au contraire la mort de Jean dans le registre du malheur reconnu et non de la honte, une nuance qui, dans une petite paroisse où tout se savait de toute façon, n'était sans doute pas anodine pour sa veuve et ses enfants.