Fils de Jacques Boisné, meunier, et de Marie-Françoise Paumier, Louis grandit orphelin très tôt : son père meurt en février 1740, alors qu'il n'a pas quatre ans. Sa mère disparaît elle aussi avant 1758. C'est donc en "fils mineur de feu Jacques munier" qu'il se présente, à 21 ans, devant le curé de Baigneville, dans la paroisse de Bec-de-Mortagne, en Seine-Maritime, à plus de 80 kilomètres de son village natal. Comment et pourquoi ce jeune Eurois a-t-il traversé la Normandie pour s'installer sur cette paroisse côtière ? Sa fiche ne le dit pas, et je me garderai d'inventer une raison, migration de compagnon meunier, opportunité de moulin à reprendre, réseau familial déjà présent sur place : les hypothèses sont nombreuses, aucune n'est démontrée. C'est un point à creuser.

Ce qui est certain, en revanche, c'est que Louis épouse là, le 10 avril 1758, Anne Geneviève Quesné, fille elle aussi d'un meunier, Pierre Quesné, et d'Anne Collos. L'acte de mariage, conservé aux Archives de Seine-Maritime, précise que les fiançailles ont été célébrées la veille et que le mariage s'est tenu sans empêchement ni opposition, en présence du père de la mariée, qui, comme Louis, ne savait pas signer.
| Le dix d'avril mil sept cent cinquante huit après la publication des bans du futur mariage entre Louis Boisney fils mineur de feu Jacques munier originaire de la paroisse de Pontauthou sur risle et demeurant depuis temps de droit sur cette paroisse et entre Anne Quesné fille majeure de Pierre meunier et d'Anne Collos de cette paroisse, faites en cette église au prosne de la grande messe le deux, trois et neuf avril sans qu'il se soit trouvé aucun empêchement ou opposition, je soussigné curé de Baigneville ay reçu après les fiancailles célébrées le jour d'hier ce jourd'huy en cette église leurs mutuels consentements de mariage et leur ay donné la bénédiction nuptiale présence de Pierre Quesné père de l'épusequi a déclaré ne savoir signer, Jean Gruchy, Tomas Collos, Jacques Adam soussignés. |
De cette union naissent onze enfants entre 1758 et 1777, tous à Bec-de-Mortagne. Le tableau ci-dessous en détaille le devenir.
Le foyer Boisné est, à tous égards, un foyer de meuniers. Le beau-père de Louis est meunier ; deux de ses fils, Louis Georges et Guillaume Nicolas, deviendront maîtres meuniers ; un troisième, Jean-Charles, sera meunier à son tour. Le moulin est le centre de cette famille, la source de son pain et, comme on va le voir, de sa perte.