Pour comprendre qui est cette femme en novembre 1653, il faut remonter au 15 mars 1648. Ce jour-là, au lieu-dit Le Bedos, devant le notaire Michel, Étienne Pratlong et Madeleine Michel ont signé leur contrat de mariage. Étienne a vingt-cinq ans, Madeleine vingt-trois.
Madeleine est orpheline des deux côtés. Son père Jacques Michel et sa mère Marguerite Bastide sont tous deux décédés avant le mariage. C'est son frère Louis, fils héritier, qui lui constitue sa dot : deux cents livres tournois, deux robes de drap de maison, une couverte, deux linceuls, quatre brebis. Il lui donne également quarante livres supplémentaires et une brebis, en considération des bons services qu'elle avait rendus à son feu père. Cette formule dit en creux une réalité ordinaire : avant de devenir épouse, Madeleine a servi dans la maison familiale, soigné son père mourant peut-être, tenu le ménage.
Le contrat est long, précis. L'oncle d'Étienne, Jean Plantier, intervient pour lui céder ses droits sur les biens de leur soeur et mère. Le frère d'Étienne, Jacques, lui abandonne sa part d'héritage paternel. La mère d'Étienne, Louise Plantier, lui donne la moitié de tous ses biens. Plusieurs membres des deux familles sont présents comme témoins. C'est une affaire de clan — et Madeleine y entre en étrangère, sans père ni mère pour défendre ses intérêts, seulement son frère.
Elle s'installe à Nivoliers avec Étienne. Vers 1650 naît leur fils Louis, le futur héritier universel du testament. La vie de laboureurs sur le causse suit son cours — le travail de la terre, les saisons, les animaux, la paroisse de Hures à quelques kilomètres de marche.
Et puis, en octobre 1653, quelque chose se passe à Meyrueis. On ne sait pas pourquoi Madeleine s'y trouvait. Pour un marché, une affaire de famille, une course quelconque. On ne sait pas non plus pourquoi Pierre Combes l'a frappée. L'acte ne l'explique pas. Il dit seulement qu'elle a porté plainte le jour même — ce qui, pour une femme enceinte de la campagne lozérienne au XVIIe siècle, n'est pas rien.