Pierre Le Canu (1649-1718), chirurgien en pays de Caux

Le 08/04/2026 1

Dans Les Normands

Cherchant, pour ce mois d'avril, à répondre au défi de Geneatech, j’ai passé en revue les professions de mes ancêtres — enfin, de ceux de mon mari. Et là, une surprise : parmi les laboureurs, meuniers et cordonniers qui peuplent notre arbre, un nom se détache avec un titre peu banal pour la campagne normande du XVIIe siècle : chirurgien.

Il s’appelle Pierre Le Canu. Il est le sosa 1 120 de nos enfants, soit leur onzième génération ascendante. Un ancêtre dont la vie a été un peu compliquée à retrouver, et c’est essentiellement à travers les actes de ses enfants que je l’ai retracée. Pourtant, en croisant les quelques documents qui le mentionnent, une figure se dessine : celle d’un homme qui a traversé sa vie en laissant une empreinte, et même un cousinage inattendu.

Avril 2026

Ce que les archives nous disent

Pierre Le Canu voit le jour le 3 mai 1649 à Vattetot-sur-Mer, en Seine-Maritime, dans ce pays de Caux qui borde la Manche. Son père, Pierre Le Canu, est laboureur. Sa mère, Perrine Carrel, appartient visiblement à une famille d’un rang légèrement supérieur : son propre père était écuyer, sieur du fief de Meautrix à Touques, qualifié de noble et propriétaire à Vattetot-sur-Mer. Ce sang mêlé de la noblesse de campagne et de la paysannerie laborieuse explique peut-être l’ambition sociale qui conduira Pierre fils vers une profession qualifiée.

Il épouse une certaine Geneviève Simon, née en 1670 à Envronville. Ensemble, ils s’installent dans la région et fondent une famille nombreuse : pas moins de neuf enfants baptisés entre 1689 et 1712, essentiellement à Ancretteville-sur-Mer. La mortalité infantile frappe durement : trois enfants meurent en bas âge (Geneviève, Nicolas I, Jacques). Mais les six autres arrivent à l’âge adulte, se marient, fondent à leur tour des familles.

L’aîné, Pierre (1689–1761), choisit la même voie que son père et devient chirurgien à son tour. C'est d'ailleurs dans son acte de mariage que j'ai découvert leurs deux professions - cette mention ne figurait nulle part ailleurs.

1735 mariage du fils Canu

Les autres fils prennent des chemins plus modestes : laboureurs, meunier. L’une des filles, Jeanne, épouse un cordonnier. Et puis il y a ce fils cadet, Nicolas (1712–1765), meunier de son état — dont une branche de la descendance aboutira, bien des générations plus tard, à une certaine Catherine Deneuve. Mais ceci est une autre histoire.

L'acte de sépulture : une fin en famille

1718 sepulture pierre lecanu

Pierre Le Canu s’éteint le 2 mai 1718 à Ancretteville-sur-Mer, à la veille de son 69e anniversaire. Il avait reçu les saints sacrements — signe qu’il s’agissait d’une mort attendue, entouré. Le lendemain, il est inhumé dans le cimetière de la paroisse, « en présence des témoins soussignés ». Deux de ses fils ont signé l’acte. Ce détail, en apparence anodin, en dit long : dans une époque où l’analphabétisme était répandu dans les campagnes, savoir signer était un marqueur social. Pierre lui-même « savait signer ». Une compétence logique pour un praticien de la médecine.

Le métier de chirurgien sous l'Ancien Régime

Au temps de Pierre Le Canu, le monde médical était strictement hiérarchisé. Au sommet, les médecins, diplomés de l’université, pratiquaient la médecine dite « interne » : ils étudiaient les humeurs, préscrivaient des remèdes, mais ne touchaient pas au corps du malade. C’était une affaire de lettres et de théories.

Les chirurgiens, eux, étaient des hommes de main — au sens propre. Ils incisaient, saignéaient, réduisaient les fractures, amputaient, récisaient les tumeurs et pratiquaient l’art de la sage-femme dans certains cas. Longtemps assimilés aux barbiers (la corporation des barbiers-chirurgiens fut officielle jusqu’au XVIIe siècle), ils commençaient à cette époque à se distinguer et à gagner en reconnaissance. La création de l’Académie royale de chirurgie en 1731 (peu après la mort de Pierre) allait accélérer cette émancipation.

La formation se faisait par apprentissage, généralement auprès d’un chirurgien expérimenté, sur plusieurs années. Dans les villes, des corporations réglementaient la profession et protégeaient leur territoire. à la campagne, les chirurgiens ruraux exerçaient souvent de manière plus isolée, avec un périmètre d’action étendu et une clientèle modeste.

Socialement, le chirurgien occupait un statut intermédiaire : supérieur au simple artisan, inférieur au médecin. Il savait lire, écrire, souvent compter. Il était connu et respecté dans sa paroisse. Dans une communauté rurale, sa présence était précieuse : on venait le chercher pour les urgences, les accouchements difficiles, les blessures et les maladies que les remèdes de grands-mères ne soulageaient pas.

Pierre Le Canu, exerçant dans les villages côtiers de Seine-Maritime à la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe, était sans doute de ces praticiens ruraux indispensables, dont le savoir-faire se transmettait : son fils aîné Pierre suivra la même voie.

Medecin chirurgien

Le médecin Alphonse Leroy (1741-1816), une plume à la main, portrayé ici par Jacques Louis David

Ce que la généalogie révèle

Pierre Le Canu est, dans notre arbre, un ancêtre singulier. Dans une génération essentiellement paysanne, il a choisi — ou a eu la chance de pouvoir choisir — une profession qualifiée, respectée, qui demandait un minimum d’instruction. Son fils aîné a suivi ses traces. Ses autres enfants sont retournés vers la terre ou l’artisanat. Mais cette étincelle sociale, transmise par une mère issue d’une famille noble de campagne, a laissé une trace.

Je n’ai pas encore retrouvé son acte de mariage. Je ne sais pas exactement dans quels villages il exerçait, ni s’il laissait parfois des annotations dans les registres paroissiaux comme le faisaient certains chirurgiens-témoins. La recherche continue, et c’est là toute la magie de la généalogie : chaque document trouvé ouvre une nouvelle porte.

Nom Pierre Le Canu (Canu, Lecanu)
Naissance 3 mai 1649 - Vattetot-sur-Mer
Décès 2 mai 1718 - Ancretteville-sur-Mer
Profession Chirurgien
Conjoint Geneviève Simon (1670-1735)
Enfants 9 enfants (1689-1712), dont 3 décédés en bas-âge - Guillaume (1706-1792), sosa 560
Sosa 1 120 (génération 11)
Père Pierre Le Canu, laboureur
Mère Perrine Carrel (famille noble de campagne)

 

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Commentaires

  • Briqueloup

    1 Briqueloup Le 08/04/2026

    Voilà un grand éventail social avec toutes ces professions dans la fratrie.

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