Marianne Roujon meurt le 4 juillet 1774 à Montredon. Elle a cinquante-deux ans. On l'enterre le lendemain au cimetière de Laval-du-Tarn. Étienne lui survivra sept ans, jusqu'en 1781 — sept ans de veuvage dans ce Perrières qu'ils avaient habité ensemble depuis 1740. Il ne s’est pas remarié, les enfants étaient grands …
De leurs seize enfants, trois nous sont connus dans leur vie d'adulte. Catherine, l'aînée (1741-1812), épouse Antoine Jaques vers 1768 et donne naissance à six enfants — c'est par elle que notre famille descend de Marianne. Pierre (1749-1826) reste sur la paroisse : cultivateur à Laval, il épouse Marguerite Mouret du hameau de Mijoule et mourra à 77 ans, père de plusieurs enfants. Et puis il y a Antoine (1742-1834) : resté célibataire toute sa vie, il s'éteint à 92 ans à Laval. Deux frères nés sous Louis XV, morts sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, qui auront vu passer la Révolution, l'Empire et Napoléon — depuis leur causse, sans doute, comme on regarde l'orage au loin.
Les sept autres enfants survivants ? Le silence. Ni mariage, ni acte de décès. Une enquête minutieuse dans les registres de Laval-du-Tarn et auprès des associations généalogiques locales n'a rien révélé. Les registres paroissiaux de Laval-du-Tarn sont en très mauvais état pour la fin du 18e siècle — précisément la décennie où ces enfants auraient dû entrer dans la vie d'adulte. Des pages ont disparu, d'autres sont illisibles. Étienne, Madeleine, Geneviève, Marie-Rose, Marie, la quatrième Marianne, Jean-Antoine : sept prénoms que l'humidité et le temps ont avalés. Ils ont peut-être vécu, fondé des familles, eu des enfants à leur tour. On ne le saura pas.