L'ancêtre du dimanche : Juliette L'Hermite, sosa 39

Le 05/04/2026 0

Dans Les Normands

Ce dimanche 5 avril, je vous emmène en Seine-Maritime, dans la vallée de Cailly, au nord de Rouen, à la rencontre d'une ancêtre de la famille de mon mari : Juliette Alexandrine L'Hermite, arrière-arrière-arrière-grand-mère de mes enfants.

Une femme ordinaire en apparence, mais dont le destin porte toute la densité d'une époque.

Juliette L'Hermite

Une naissance en duo, par un mercredi de février

Le 26 février 1879, à La Vieux-Rue, un petit village du canton de Darnétal, Juliette Alexandrine vient au monde à cinq heures de l'après-midi. Son père, Pierre Théophile L'Hermite, dit Delphin, charron de 35 ans, fait la déclaration à la mairie en présence du maire Lecompte Dominique et de deux voisins — un cantonnier septuagénaire et un jeune instituteur de 28 ans.

Mais voilà ce qui rend cette naissance singulière : Juliette a un frère jumeau, Jules Albert, né le même jour, à une heure de l'après-midi — soit quatre heures avant elle. Sa déclaration précède la sienne dans les registres. Jules Albert ne vivra pas un an. Juliette, elle, traversera le siècle.

Elle est la huitième enfant d'une fratrie qui en comptera au total douze. Sa mère, Perpétue Éléonore Marette, dite Joséphine, est journalière. Un couple de travailleurs manuels, ancrés dans ce terroir normand depuis des générations.

L'orpheline qui se marie à 17 ans

Juliette n'a que 12 ans quand son père Delphin meurt, le 18 novembre 1891, dans le hameau du Vert-Galant à Saint-André-sur-Cailly, à l'âge de 48 ans seulement. Elle grandit donc sous l'aile de sa seule mère, Joséphine, qui élève seule ce qui reste de la nichée.

À 17 ans à peine, Juliette est déjà domestique à Saint-André-sur-Cailly. C'est là qu'elle rencontre Hippolyte Octave Carle, 25 ans, lui aussi domestique, originaire de Pommereux. Leur mariage est célébré le 22 septembre 1896 à Longuerue. L'acte est superbe de détails : les deux mères sont présentes et consentantes — Rosine Pinel pour le marié, Joséphine Marette pour la mariée — ; quatre témoins signent, dont deux frères de Juliette, Delphin et Adrien L'Hermite, charrons eux aussi. La mère d'Hippolyte, cultivatrice à Haussez, déclare « ne savoir signer ». Juliette, elle, sait signer — ce petit détail qui, dans ces familles populaires de la fin du XIXe siècle, n'est pas anodin.

Hippolyte Carle

Signatures mariage Carle Lhermite

Signatures sur leur acte de mariage

Au moins dix enfants, médaille d'or de la famille française

De leur union naissent dix enfants en l'espace de dix-neuf ans, tous à Saint-André-sur-Cailly :

Octave Armand Joseph (1897), Juliette Henriette Aminthe (1899), Joséphine Adrienne (1900), Henri Marius Delphin (1902), Albert André (1905), Maurice Émile (1908), Rosine Joséphine (1910), Raymond Lucien et Yvonne Lucienne — jumeaux, comme leur mère ! — en 1913, et enfin Germaine Lucienne (1915).

Mais il y en aurait eu onze : en janvier 1921, le Journal Officiel mentionne l'attribution à Juliette de la médaille d'or de la famille française — distinction réservée aux mères d'au moins dix enfants vivants, et onze sont cités. L'enfant manquant aux registres n'a pas encore livré son secret, les actes de Saint-André étant lacunaires pour cette période.

Medaille famille francaise argent

Une famille traversée par les guerres

Les recensements successifs — 1901, 1906, 1921, 1926, 1936 — dessinent le foyer Carle au fil du temps, dans le bourg de Saint-André-sur-Cailly. On y voit les enfants apparaître puis disparaître du nid, les uns après les autres.

Mais l'Histoire frappe durement. Octave, l'aîné, né en 1897, soldat au 102e régiment d'infanterie, meurt à 19 ans le 28 septembre 1917 à Saint-Clément, en Meurthe-et-Moselle. Grand garçon aux yeux bleus, 1m67, front haut, visage ovale — son signalement militaire en fait un portrait rapide.

Albert André, lui, tombe le 20 juillet 1940, à Saint-Gildas-des-Bois, en pleine débâcle.

Deux fils fauchés par deux guerres.

Henri Marius Delphin, prénommé en souvenir du grand-père L'Hermite, meurt quant à lui en 1938, à 35 ans à peine.

Hippolyte Octave, son mari depuis 45 ans, s'éteint en 1942. Juliette lui survit un an à peine. Elle meurt le 24 mars 1943 à Saint-André-sur-Cailly, à 64 ans. 

Sa fille Juliette Henriette Aminthe, sosa 19 de mes enfants, avait quant à elle épousé André Maurice Gibaux en 1919, et donné à son tour onze enfants. La fibre maternelle se transmettait visiblement !

Ce que Juliette nous laisse

Juliette Alexandrine L'Hermite nous a laissé deux photos. La sienne, et celle de son mari Hippolyte. Ce sont les seules de toute la branche. On ne sait pas quand elles ont été prises, ni par qui. Mais elles ont voyagé jusqu'à nous, traversé les déménagements, les guerres, les successions — et elles sont là.

Elle nous a aussi laissé une descendance nombreuse, des prénoms qui se répètent de génération en génération — Juliette, Delphin, Joséphine — et la trace régulière de ses passages aux recensements, toujours au même endroit, à Saint-André-sur-Cailly, au milieu de ses enfants.

Née jumelle, mère de jumeaux : le hasard fait parfois bien les choses.

Jumeaux

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