Les élus chez mes ancêtres

Le 11/03/2026 0

Dans Les Normands

Alors que les élections municipales approchent à grands pas, le Généathème de mars nous invite à explorer une facette particulière de nos arbres généalogiques : les élus qui s’y cachent.

Geneatheme mars 2026

En parcourant mes branches familiales, j’ai identifié treize ancêtres ayant exercé une fonction d’élu local. Un chiffre auquel je pourrais presque ajouter un quatorzième nom : jusqu’à dimanche, j’occupe moi-même la fonction d’adjointe au maire de mon village !

Ces élus se répartissent dans presque toutes les branches de mon arbre, avec une présence particulièrement marquée dans la famille Boulet, dont plusieurs hommes ont joué un rôle actif à la mairie de Hures au début du XXᵉ siècle.

Mais pour ce Généathème, j’ai choisi de mettre à l’honneur l’un d’entre eux. Direction la Normandie, où un ancêtre au prénom peu commun — Polycarpe — fut maire du village de Saint-Saire.

Mes ancêtres ayant occupé des fonctions municipales

Mes ancêtres élus Profession Fonctions municipales Branche
ALMÉRAS Jean-Jacques (1760-1831) Cultivateur, propriétaire aux Fonts (St-Georges de Lévéjac 48) Maire de St Georges de Lévéjac Branche Bonicel
BOULET Jean-Baptiste "Joseph" (1841-1913) Cultivateur à Hures (Hures-la-Parade 48) Conseiller municipal à Hures Branche Prosper Boulet
BOULET Jean-François (1834-1916) Cultivateur à Drigas (Hures-la-Parade 48) Adjoint au maire à Hures Branche Joseph Boulet
BOULET Joseph François (1871-1941) Cultivateur à Drigas (Hures-la-Parade 48) Adjoint au maire à Hures Branche Joseph Boulet
BOULET Pierre-Jean (1760-1822) Cultivateur à Drigas (Hures-la-Parade 48) Conseiller municipal à Hures Branche Joseph Boulet
BOULET Joseph Prosper Félix Cultivateur à Hures (Hures-la-Parade 48) Conseiller municipal à Hures Branche Prosper Boulet
CAUCHOIS François (1773-1853) Cultivateur à Compainville (76) Maire de Compainville Branche Poullet
GOUJON François (1734-1797) Marchand, fermier à Saint-Romain-sous-Gourdon (71) Maire de Saint-Romain-sous-Gourdon Branche Bolusset
MENSIRE Jean-François "Polycarpe" (1760-1828) Cultivateur, propriétaire à Saint-Saire (76) Maire de Saint-Saire Branche Poullet
PERSÉGOL Pierre-Jean (1736-1818) Cultivateur à la Malène (48) Maire de la Malène Branche Bonicel
POULLET Georges Léopold Émile (1927-1976) Agent SNCF Maire d'Estoutteville-Ecalles (76) Branche Poullet
SAUMADE Joseph (1793-1852) Maréchal-ferrant à Drigas (Hures-la-Parade 48) Conseiller municipal à Hures Branche Joseph Boulet
SUCHET Claude (1752-1823) Maitre menuisier à Palinges (71) Maire de Palinges Branche Bolusset

 

Cette liste montre que l’engagement municipal n’était pas exceptionnel dans ma famille. Dans plusieurs villages, à différentes époques, certains de mes ancêtres ont accepté de consacrer un peu de leur temps à la gestion de la vie communale.

Parmi eux, l’un a particulièrement retenu mon attention. Peut-être est-ce à cause de son prénom peu commun, peut-être parce qu’il nous emmène dans une autre région de France. Quoi qu’il en soit, je vous propose maintenant de faire connaissance avec Polycarpe, maire du petit village normand de Saint-Saire.

Polycarpe, maire de Saint-Saire

Derrière ce prénom peu commun se cache Jean-François Mensire, notre sosa 696, plus souvent appelé Polycarpe dans les actes. Il voit le jour le 26 janvier 1760 dans le village normand de Saint-Saire, où il est baptisé le jour même. Fils de François Mensire et de Marie Normand, il grandit dans cette commune du pays de Bray, où il passera toute sa vie.

Comme beaucoup d’hommes de son époque dans les campagnes normandes, Polycarpe est cultivateur et devient également propriétaire foncier. Les actes montrent qu’il sait signer, signe d’une certaine instruction pour un rural de la fin du XVIIIᵉ siècle.

Signature de Polycarpe MensireEn 1794, en pleine période révolutionnaire, il épouse dans son village Marie-Françoise Harache, fille de Toussaint Harache et de Marie-Françoise Joly. Le couple fonde une famille nombreuse : six enfants naissent à Saint-Saire entre l’an III et 1811. Plusieurs d’entre eux resteront dans la région et deviendront à leur tour cultivateurs ou propriétaires, perpétuant l’ancrage familial dans le pays de Bray.

La vie de Polycarpe prend ensuite une dimension publique. De 1819 à 1824, il est maire de Saint-Saire, fonction qu’il exerce sous la Restauration. Dans ces petites communes rurales du début du XIXᵉ siècle, le maire est souvent choisi parmi les propriétaires respectés du village. Son rôle est essentiel : tenir l’état civil, appliquer les décisions administratives et représenter l’autorité dans la commune.

Après le décès de sa première épouse en 1819, Polycarpe se remarie en 1822 avec Marie-Madeleine Bavent, une herbagère veuve du village. Il a alors 62 ans.

Il s’éteint quelques années plus tard, le 15 décembre 1828, toujours à Saint-Saire, à l’âge de 68 ans. Sa vie s’est déroulée presque entièrement dans ce même village dont il fut un temps le maire, laissant l’image d’un cultivateur devenu notable local, typique des élus ruraux du début du XIXᵉ siècle.

Carte postale saint saire

Le prénom Polycarpe est aujourd’hui très rare, mais il possède une origine ancienne. Il vient du grec polukarpós, qui signifie littéralement « riche en fruits » ou « très fécond ».

Ce prénom s’est diffusé dans la tradition chrétienne grâce à Polycarpe de Smyrne, évêque de Smyrne (dans l’actuelle Turquie) au IIᵉ siècle et considéré comme l’un des premiers Pères de l’Église. Martyrisé vers l’an 155, il a été largement vénéré dans l’Occident chrétien, ce qui explique la présence de son prénom dans les registres paroissiaux à partir de l’époque moderne.

Sans être courant, Polycarpe apparaît de temps en temps dans les campagnes françaises aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, souvent dans des familles attachées à la tradition catholique. Dans la vie quotidienne, il n’était pas rare que ces prénoms un peu solennels deviennent le prénom d’usage, comme semble l’indiquer ici la signature « Polycarpe ».

À travers la figure de Polycarpe Mensire se dessine le portrait assez typique d’un élu rural du début du XIXᵉ siècle : un cultivateur devenu propriétaire, solidement implanté dans sa commune et suffisamment respecté pour être appelé à en assurer la gestion.

Dans ces villages où tout le monde se connaissait, la fonction de maire reposait souvent sur des hommes du cru, capables de faire le lien entre l’administration et la population. Les archives communales et les registres d’état civil conservent aujourd’hui la trace discrète de ces mandats, rappelant que l’histoire locale s’est longtemps écrite à l’échelle de ces petites communes.

Polycarpe Mensire appartient à cette génération d’hommes qui, tout en restant profondément enracinés dans leur terre et leur métier, ont participé à la vie publique de leur village et laissé leur empreinte dans l’histoire de leur commune.

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