Fin mai 1793, le Gévaudan est en pleine insurrection. Marc-Antoine Charrier, notaire de Nasbinals, a levé une armée contre la République ; il est entré à Marvejols, puis à Mende. Un groupe d’hommes de La Malène et de Laval-du-Tarn, conduit par le maire de Laval, le notaire de La Malène et un huissier, prend la route du causse de Sauveterre pour le rejoindre. Antoine est dans la troupe.
Le procès-verbal des officiers républicains, daté du 29 mai à huit heures du soir, raconte la suite sans fioritures. Les insurgés, une centaine d’hommes, aperçoivent sur une hauteur une troupe qu’ils prennent pour l’armée de Charrier. Le capitaine Gardès, de la garde nationale, attache à son chapeau un papier plié en forme de cocarde blanche et s’avance en les appelant à rejoindre Charrier. L’un des paysans embrasse le commandant Louis, qu’il prend pour le chef de l’insurrection en personne. Les rangs s’ouvrent, se referment, et les arrivants sont désarmés un à un, sans que ceux qui attendent derrière s’en aperçoivent. Cinquante-deux hommes se laissent ainsi cueillir, ravis, note le procès-verbal, de se joindre à l’armée de Charrier. Un coup de fusil, tiré on ne sait par qui, ouvre les yeux des autres, qui s’enfuient.

Les cinquante-deux prisonniers sont conduits à Florac. Le dimanche 2 juin, le tribunal criminel de la Lozère les déclare « hors la loi ». Mende, son siège habituel, avait été occupée par les troupes de Charrier quelques jours plus tôt, c’est sans doute pourquoi l’on juge à Florac. Pour les juges, il s’agit d’hommes armés, criant « Vive le roi ! », en marche vers une armée de rebelles qui dévaste Mende ; la loi du 19 mars 1793 punit de mort ceux qui ont pris les armes dans une révolte, et prévoit la confiscation de leurs biens.