L'ancêtre du dimanche : Antoine Evesque, dit Barret

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Dans La Lozère

Je poursuis la présentation de mes ancêtres paternels caussenards, avec cette semaine un cultivateur dont l'histoire commence par un orphelinat précoce et se termine sur un nom d'état civil qui n'aura cessé de bouger : Evesque à sa naissance, Avesque à sa mort.

Je vous présente Antoine Evesque, sosa 100, génération 7

Dimanche homme

Un enfant du Mas-de-Val, très tôt privé de père

Antoine Evesque naît le 28 août 1792 au hameau du Mas-de-Val, sur la commune de Mas-Saint-Chély. Il est baptisé dès le lendemain en l'église Saint-Privat de Hures, comme le veut l'usage pour les nouveau-nés de l'Ancien Régime finissant. Le curé Poujol officie, entouré d'un parrain, Antoine Pratlong, et d'une marraine, Marie Arnal, cousine de l'enfant. Ses parents, Antoine Evesque (1747-1798), cultivateur au Mas de Val, et Marie Boulet (1758-1837), originaire de Drigas et installée avec lui, l'accueillent comme leur huitième enfant, mais seulement le deuxième né de leur union à eux deux, comme on le verra plus bas.

17920829 evesque antoine bapteme

antoine evesque fils legitime a autre et a marie boulet mariés habitans au masdeval parse de ste ennimie né le vingt huit aout mil sept cens nonante deux a été baptisé le lendemain a hures, parrain antoine pratlong present pour antoine gal son neveu tous deux d'hure, marraine marie arnal sa cousine, presens antoine gal jean julié habitans d'hure illeterés, les parrain et marraine aussi, requis de signer ont dit ne savoir. Poujol curé.

 

Antoine n'a pas cinq ans lorsque son père meurt, le 28 avril 1798 (9 floréal an VI). Mais l'acte qui l'atteste n'est pas de cette année-là : c'est un jugement du tribunal civil de première instance, rendu en 1804, qui vient reconstituer officiellement ce décès resté sans trace dans les registres.

Voici l'acte de décès de son père :

Ce jourd'hui huitième prairial an 12 (28 mai 1804) il a été remis un jugement rendu par le tribunal civil de première instance de l'arrondissement communal le 10e floréal dud qui constate le décès d'Antoine Evesque du Mas de Val a l'effet par nous maire de la commune de Ste Enimie de la transcrire dans les registres de l'état civil à la diligence de Marie Boulet veuve dud Evesque qui nous a remis ledit jugement en ... en forme contenant les faits et les dépositions des témoins entendus pour constater ledit décès le tout quoy nous avons cru inutile de transcrire en conséquence nous avons copié que le prononcé dud jugement dont la teneur soit le tribunal considérant qu'il est établi par la déclaration de quatre témoins qu'Antoine Evesque du Mas de Val est décédé le neuf floréal de l'an 6 (28 avril 1798) déclare que ledit Antoine Evesque est décédé ledit jour neuf floréal an 6 ordonne que le présent jugement sera transmis dans les registres de l'état civil de la commune de Ste Enimie dont dépend le lieu du Mas de Val à la diligence de marie Boulet veuve dud Evesque laquelle transcription a été faite par nous maire soussigné qui en avons donné acte à ladite Boulet.

 

Le jugement supplétif d'acte de décès

Les années 1793-1802 sont, dans beaucoup de communes françaises, des années de flottement pour l'état civil : officiers municipaux débordés, registres mal tenus ou perdus, décès parfois jamais consignés. Quand cette lacune est découverte plus tard, ici par la veuve elle-même, Marie Boulet, sans doute pour régulariser la succession, la loi permet de faire constater le fait par un tribunal civil, sur la base de témoignages (ici, quatre témoins entendus), puis de faire transcrire ce jugement dans les registres d'état civil en lieu et place de l'acte manquant. C'est ce qui se produit le 8 prairial an XII (28 mai 1804) : le tribunal reconnaît qu'Antoine Evesque est bien mort le 9 floréal an VI, et en ordonne la transcription à Sainte-Énimie. Pour le généalogiste, ce type d'acte est précieux : il documente un vide administratif autant qu'un décès.

Une fratrie recomposée, mais deux enfants seulement d'un même couple

Le père d'Antoine s'était marié une première fois avec Claire Fumel, décédée en 1788, dont il a eu six enfants : Étienne (1778-1855), domestique chez Mr Vachin à Rouveret, puis marié à Marianne Maurin ; Jean-Baptiste (1781-1846), cultivateur à Drigas comme le sera plus tard son demi-frère, marié à Victoire Ruas et père de neuf enfants ; des jumeaux, Marianne et Jean-Antoine, nés en 1783 et morts à quelques jours de vie ; Madeleine (1784-1850), installée à Chamblon après son mariage avec Jean-Louis Fages ; et Pierre (1788-1855), cultivateur au Mas de Val, resté célibataire.

De son union avec Marie Boulet, en revanche, Antoine Evesque père n'aura que deux enfants : Pierre-Jean (1791-1844), cultivateur au Mas de Val, marié à Marie-Jeanne Plantier et père de quatre enfants, et notre Antoine, le cadet de cette seconde fratrie restreinte.

Mariage et vie à Drigas

Le 20 février 1830, à la mairie de Hures, Antoine, alors âgé de 38 ans et installé à Hures depuis environ six ans, épouse Victoire Pratlong, 22 ans, native de Drigas et fille d'Alexis Pratlong et de feu Marie Michel. Les témoins du mariage, Étienne Valgalier, Joseph Valgalier, Antoine Fages et Philippe André, dessinent le petit monde rural où s'inscrit désormais le couple.

De cette union naissent six enfants à Drigas :

  • Marie-Victoire (1831-1907), mariée à Auguste Pautard, cultivateur à Florac ;
  • Marie-Virginie (1832-1911), mariée à Jean-Antoine Gache, cultivateur au Buffre ;
  • Joseph (1835), mort à quelques jours de vie ;
  • Alexis Hippolyte (1836-1904), Sosa 50, qui épouse Marie-Eugénie Boulet et poursuit la lignée avec dix enfants ;
  • Alexis Joseph (1839), et Jean-Antoine (1843), sans descendance connue ;

Antoine ne se contente pas d'élever sa famille : on le retrouve témoin lors de plusieurs mariages à Hures, où il signe en bas de l'acte, preuve d'un homme intégré et sollicité dans la vie de sa communauté.

Antoine avesque 1851

Eglise de hures aquarelle

Les dernières années

Victoire Pratlong meurt à Drigas le 16 mars 1845, à 37 ans, laissant Antoine veuf pour ses six dernières années. Il perd également son frère Pierre-Jean en 1844, son frère Jean-Baptiste en 1846 et sa sœur Madeleine en 1850, la génération de ses aînés s'éteint autour de lui. Antoine Avesque, dit Barret, meurt à son tour le 4 août 1851 à Drigas, quelques semaines avant ce qui aurait été son 59e anniversaire.

18510804 evesque antoine deces

L'an 1851 et le 4 aout heure de 8 du matin par devant nous Etienne Arzalier premier membre du conseil municipal remplissant en cette qualité les fonctions de Maire de la commune d'Hures canton de Meyrueis, département de la Lozère sont comparus François Julier âgé de 29 ans cultivateur et Victor Julier âgé de 27 ans aussi cultivateur tous domiciliés à Hures non parents ni voisins du défunt lesquels nous ont déclaré que ce jourd'hui à 4 heures du matin est décédé Antoine Avesque dit Barret âgé de 59 ans cultivateur veuf de Victoire Pratlong du lieu de Drigas est décédé dans sa maison audit Drigas ainsi que nous nous en sommes assuré et les déclarants ont signé avec nous le présent acte de décès après que lecture leur en a été faite.

 

D'Evesque à Avesque, un nom à la graphie flottante

Un même homme, un seul état civil, et pourtant deux noms. Sur son acte de naissance et de baptême en 1792, comme sur l'acte de décès de son père en 1798, c'est bien «Evesque» qui est couché sur le registre. Mais à partir de son mariage en 1830, et pour tous les actes suivants, naissances de ses enfants, décès de sa mère en 1837, son propre décès en 1851,  c'est «Avesque» qui s'impose.

Avant la fin du XIXe siècle, l'orthographe des noms de famille n'est pas fixée : elle dépend largement de l'oreille et de la plume de l'officier d'état civil qui rédige l'acte, surtout dans des familles où l'on ne sait pas signer soi-même, c'est le cas d'Antoine, comme de son épouse Victoire Pratlong, tous deux déclarés « ne savoir » signer lors de leur mariage, même si Antoine a signé par la suite. On observe même le glissement à l'intérieur d'une même fratrie : les demi-frères et sœurs aînés du premier lit restent identifiés « Evesque » dans les actes les plus anciens, tandis que les cadets, Madeleine, Pierre, Pierre-Jean, basculent déjà en « Avesque ». Ce n'est donc pas une erreur isolée mais un phénomène d'usage.

C'est en tout cas le nom Avesque qui est resté et s'est transmis jusqu'à nos jours à ses descendants de Drigas.

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