Ce qui est toujours aussi intéressant dans ces actes notariés, c'est leur précision. Celui-ci ne se contente pas de fixer une dot : il règle l'avenir de trois générations à la fois.
Pierre Delmas constitue à sa fille 600 livres, deux robes de cadis de Nîmes, deux draps, deux couvertures et six linceuls, la moitié provenant de son propre bien, l'autre de l'héritage de feue Catherine Molinier. Jacques Servel, marchand de Liaucous et beau-frère de Marguerite, y ajoute encore 150 livres "de pure amitié", payables en plusieurs fois sur quatre ans.
Mais la clause la plus intéressante concerne Pierre Monziols, le père de Jean. En prévision du mariage, il donne à son fils l'intégralité de ses biens meubles et immeubles, à la condition expresse de se réserver, pour lui et pour sa femme, de quoi vivre jusqu'à leur mort : le gîte dans "l'hostal viel" (la vieille maison), et chaque année seize cestiers de blé (huit d'orge, cinq de seigle, trois de froment), une charge de sel, cinquante livres de fromage, cinquante livres de viande de porc salée, douze livres d'huile (moitié de noix, moitié d'olive), trois livres en argent, un habit tous les deux ans, une chemise chaque année, des souliers et des chapeaux au besoin, et le droit de prendre du bois, des raves et des légumes du jardin. C'est, en creux, tout le régime alimentaire et vestimentaire d'un vieux paysan du Causse Méjean au XVIIe siècle, couché noir sur blanc pour qu'aucun conflit ne vienne, plus tard, priver les anciens du nécessaire.
Jean, en acceptant cette donation, promet d'en observer chaque clause "de point en point" et le notaire prend soin de préciser que ni Jean ni Marguerite, non plus que leurs parents, ne savent signer. Ce sont des témoins, un prêtre, des marchands, des laboureurs des Fonts et de Liaucous, qui apposent leur nom au bas de l'acte à leur place.
