Armand rejoint l'école-pensionnat Saint-Martin de Naucelle, dans le Ségala aveyronnais. Marcel Moly, qui l'y connaît à partir de 1951 alors que lui-même n'est encore qu'élève, en a laissé un témoignage précieux et très vivant.
Armand y "fait" la classe de cinquième, à des garçons de treize ou quatorze ans. L'enseignement est encore conçu à l'ancienne : un maître qui professe toutes les disciplines, "sauf la musique et l'éducation physique, remplacées par des heures supplémentaires de français ou de mathématiques". Moly décrit des journées d'une régularité monacale : lever à six heures, légende et méditation, réveil des garçons à sept heures, messe, classe jusqu'à midi, classe de quatorze à dix-sept heures, un petit bridge le soir avec les confrères, et à vingt-et-une heures le coucher des élèves, puis la préparation des cours du lendemain à la lumière parcimonieuse d'une lampe de bureau.
"Armand régnait donc en 5e et aussi au dortoir. [...] Armand était maître chez lui. Son autorité était suffisamment bien établie pour qu'il n'ait pas besoin de punir. [...] Les élèves savaient bien que sous ses airs parfois bourrus se cachait un coeur qui les aimait. Ils appréciaient aussi la rigueur et la clarté de son enseignement. Les plus faibles savaient qu'il ne les laisserait pas traîner et qu'il les encouragerait patiemment."
Tous les jeudis après-midi, il part dans la campagne avec un confrère, Adrien Ricard, pour trois heures de marche dans les bois et les chemins creux — un homme de l'espace, fils du Causse, qui retrouve là quelque chose de son enfance. Armé d'un bâton fourchu, il chasse les serpents, connaît quantité de plantes, court les sentiers à la recherche des essaims tout en se tenant à distance respectueuse des abeilles, qu'il redoute "comme la peste". Moly raconte aussi sa fidélité tenace, voire rancunière par moments : le jour où le maire de Naucelle fait construire la bascule municipale sur le foirail qui servait de cour de récréation aux élèves, Armand ne le lui pardonne jamais.
C'est à Naucelle aussi qu'il retrouve son ancien camarade d'enfance, Clément Pradeilles, et qu'il se lie d'amitié avec son directeur, Mr Vidal, dont il admire la "souveraine liberté d'esprit" — "Mr Vidal aime penser par lui-même ; il aime répéter : 'Je suis indépendant'. Et cette liberté qu'il réclame pour lui, il l'accepte pour les autres et il leur fait confiance." Avec lui, Armand prend goût à la botanique, retient les noms de fleurs du Causse, et garde toute sa vie en mémoire l'aphyllanthe de Montpellier, cette petite fleur bleue sans feuilles qui lui résistera cinq ans avant qu'il sache enfin la reconnaître entre mille.