Le 13 août 1928, à La Malène, Constant épouse Simonne Rouvelet. Le couple aura huit enfants, dont deux prêtres et un diacre, une fratrie qui laissera son empreinte dans les paroisses du Causse et de Lozère.
Mais Constant ne se contente pas d'être le père d'une nombreuse descendance : il devient, au fil des décennies, une figure centrale du cercle familial. On le retrouve témoin au mariage de mes grands-parents et d'autres évènements familiaux, signe de la place qu'il occupe dans le réseau des alliances et des affections familiales, bien au-delà de son seul foyer.
Il faut dire que son passage en Algérie, dix ans durant, lui avait laissé quelque chose : une aura particulière, dans une famille où bien peu avaient connu pareille traversée. On le disait "riche", à tort, très certainement, tant l'aventure coloniale s'était soldée, pour l'oncle Frédéric, par une déchéance judiciaire plutôt que par une fortune. Mais la réputation, une fois installée, ne se nourrit pas toujours des faits : elle se nourrit des signes extérieurs. Et Constant, un des premiers sur le Causse à s'équiper d'une cuisine intégrée, allait alimenter longtemps les conversations. On en jasait dans les fermes voisines ; on en jalousait discrètement l'aisance affichée, surtout dans le foyer de ma grand-mère, où le souvenir de cette cuisine moderne resta, des décennies plus tard, un petit motif de commérage.
Rappelé une dernière fois sous les drapeaux le 3 septembre 1939 pour la commission de réquisition des chevaux, il est renvoyé dans ses foyers deux jours plus tard.
Veuf depuis 1958, Constant Bonicel meurt le 26 avril 1969, à 71 ans, laissant derrière lui le souvenir d'un homme dont l'Algérie, loin d'être oubliée, avait fini par façonner une part de sa légende familiale.