François Lacour : une vie sans commencement ni fin ?

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Dans Les Bourguignons

Le 19 février 1703, dans l'église d'Augerolles, un jeune homme d'une vingtaine d'années reçoit la bénédiction nuptiale. Il est laboureur, comme son père avant lui, et comme la plupart des hommes de ce village niché dans les contreforts du Livradois. Ce mariage, nous le connaissons dans le détail : les noms, les âges et les témoins.

Et pourtant, de cet homme, nous ignorons tout de la naissance. Et nous ignorons tout de la mort. Ou presque !

Voici l'ancêtre du dimanche : François Lacour, sosa 2 004, génération 11

Dimanche homme

Le pays de François : le Livradois-Forez

Augerolles se love dans la vallée de la Dore, aux confins du Puy-de-Dôme, là où le relief commence à s'élever vers les contreforts du Forez, un territoire de moyenne montagne dont les hameaux grimpent parfois jusqu'à près de 1 000 mètres d'altitude, quand le bourg lui-même reste blotti plus bas, autour de 550 mètres. Ce pays, aujourd'hui protégé au sein du Parc naturel régional Livradois-Forez, vivait au XVIIIe siècle d'une agriculture de subsistance et d'élevage, rythmée par des terres pentues et des sols granitiques peu généreux. À une quinzaine de kilomètres, Thiers développait déjà sa réputation de capitale de la coutellerie ; mais à Augerolles, on ne taillait pas le métal, on labourait la terre.

C'est dans ce pays de hameaux dispersés, Le Vernet, Le Poyet-Bas, Chabanne, autant de lieux-dits qui reviennent sans cesse dans les actes concernant François, que se déroule toute l'existence documentée de notre ancêtre. Un territoire où l'on ne s'éloigne guère : on naît, on se marie, on travaille et on meurt souvent dans un rayon de quelques kilomètres, au sein d'une même paroisse.

Augerolles

Naître aîné dans une fratrie nombreuse

François est le premier enfant légitime de Claude Lacour et de Jeanne Navarron, mariés jeunes, lui vingt-six ans, elle vingt et un. Le couple aura, après François, une longue série d'enfants : Marie, Guillaume, Françoise, Marie encore et Maurice. Cinq frères et sœurs égrenés entre 1679 et 1690.

Mais cette fratrie nombreuse cache une rupture : Jeanne Navarron meurt le 16 juin 1692, alors que François a une vingtaine d'années. Claude Lacour se remarie l'année suivante avec Jeanne Archimbaud, et la vie de famille continue, d'autres naissances suivront, sept de plus, dont celle du petit Hugues en 1710. On imagine ce que représente pour un aîné de rejoindre l'âge adulte au moment même où son père fonde un second foyer.

Le mariage avec Françoise Montmailler

C'est donc en 1703, à environ vingt-cinq ans, que François épouse Françoise Montmailler, fille de feu Jean Montmailler et de Catherine Russias.

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Ce texte nous apprend que les deux époux ont sensiblement le même âge, qu'ils viennent de deux hameaux voisins de la même paroisse, et qu'un cousin de François, Guillaume Lacour, fait partie des témoins. Ce Guillaume reviendra d'ailleurs plusieurs fois comme parrain des enfants du couple, signe d'une famille élargie qui reste très présente dans le quotidien du jeune ménage.

Laboureur puis métayer : une vie entre trois hameaux

Le couple s'installe d'abord au Vernet, hameau natal de François, où naissent leurs trois premiers enfants : Claude (1703), Guillaume (1705) et Amable (1706). La famille déménage ensuite au Poyet-Bas, sans doute au moment où Claude Lacour père, remarié et vieillissant, y vit encore, puis, après 1709, s'établit définitivement à Chabanne, où naissent les cinq derniers enfants connus : Marguerite (1709), Catherine (1711), Marie (1713), Jeanne (1715) et Maurice (1717).

Cette mobilité à l'intérieur d'une même paroisse est révélatrice du statut de François : les actes le désignent tour à tour comme laboureur, puis comme métayer à Chabanne. La nuance compte. Le laboureur possède ou exploite en propre une terre suffisante pour labourer avec un attelage ; le métayer, lui, exploite une terre qui ne lui appartient pas, moyennant le partage des récoltes avec le propriétaire, souvent un signe de position sociale plus modeste, ou d'une terre familiale insuffisante pour tous les héritiers. Le passage de l'un à l'autre statut, au fil des déménagements, dessine en creux une trajectoire économique qu'on ne peut que deviner.

Les baptêmes des enfants confirment, acte après acte, l'ancrage de François dans un réseau familial serré : ses frères Claude et Guillaume sont parrains à deux reprises, sa belle-mère Catherine Russias est marraine de son premier enfant, Jeanne Archimbaud, la seconde femme de son propre père, devient marraine d'Amable. Et sa femme Françoise Montmailler est marraine d'Antoine, petit fère de François, né en 1706. On lit dans ces parrainages croisés une famille qui se tient, se répond, se rend service de génération en génération.

Livradois Forez

Le deuil du père en 1709

Le 31 décembre 1709, François perd son père. L'acte d'inhumation, lui aussi conservé, nous montre François bel et bien vivant et présent, aux côtés de son frère Maurice, au moment du dernier hommage :

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C'est la dernière fois que nous voyons François nommément cité dans un acte le concernant directement, en dehors des baptêmes et des mariages de ses propres enfants.

Une vie qui s'efface dans le silence des registres

Le dernier enfant du couple dont la naissance figure dans les registres numérisés d'Augerolles est Marie en 1713. Les naissances de Jeanne (1715) et Maurice (1717) reposent, elles, sur des arbres collaboratifs, car les registres paroissiaux d'Augerolles disponibles en ligne s'interrompent en 1714 et ne reprennent qu'en 1728. Ces deux derniers enfants sont donc nés dans un angle mort documentaire qui va bien au-delà du seul cas de François.

C'est dans ce même angle mort que se situe sa mort. Mais grâce à un relevé associatif retrouvé sur Geneanet, nous savons avec une quasi certitude que François est décédé avant le 4 mars 1726 : ce jour-là, son fils aîné Claude épouse Antoinette Costevieille à Augerolles, et l'acte le désigne clairement comme "François+" ; la petite croix qui, dans les conventions de dépouillement généalogique, signale un parent déjà défunt. Un second acte, le mariage de sa fille Marguerite avec Benoît Malegoutte le 28 février 1729, confirme la même chose trois ans plus tard.

Nous avons donc un encadrement fiable : François est mort entre 1717 (naissance de son dernier enfant connu) et le 4 mars 1726, sans que l'acte de décès lui-même ait pu être localisé.

Appel à l'aide : deux mystères, une naissance et un acte de décès

Voici où je sollicite votre aide, chers lecteurs.

La naissance de François, généralement datée du 6 mars 1673 à Augerolles sur les arbres en ligne, le mien y-compris, reste totalement dépourvue de source vérifiable. De même que le "trou" de 1714-1728, je ne trouve pas de registres paroissiaux sur Augerolles pour cette année 1673.

Le décès de François, lui, est maintenant encadré avec certitude entre 1717 et le 4 mars 1726, mais l'acte lui-même, ainsi qu'une date précise, restent introuvables tant que le registre d'Augerolles pour cette période ne sera pas numérisé.

Si vous avez, dans vos recherches en Puy-de-Dôme, croisé un baptême Lacour vers 1673 à Augerolles ou dans une paroisse voisine, ou si vous savez comment consulter les relevés du CGHAV pour cette commune, je suis évidemment preneuse de toute piste !

Où se situe François dans l'arbre ?

François Lacour appartient à la lignée maternelle de ma mère : c'est un ancêtre de sa grand-mère maternelle, dans ce que j'appelle le quartier Bonin. Une branche de ce quartier, jusqu'ici concentrée en Saône-et-Loire du côté de la Bresse bourguignonne, plonge en réalité aussi ses racines beaucoup plus au sud, dans le Puy-de-Dôme actuel, un territoire que je n'avais encore jamais exploré.

Cette découverte m'oblige à sortir des sentiers battus de mes recherches bourguignonnes habituelles : nouvelles archives (AD63), nouveau vocabulaire local, nouvelle géographie à apprivoiser. Une belle occasion d'élargir le quartier Bonin vers un territoire qu'il me reste encore largement à défricher.

Francois Lacour

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Commentaires

  • fayolle jean marc

    1 fayolle jean marc Le 13/09/2026

    Bonjour, j'ai des ancêtres collatéraux dans le secteur, j'avais noté deux mariages LACOUR à Augerolles

    Claude LACOUR, fils de feu François et ??
    x 04.03.1726
    Antoinette COSTEVEILLE, fille de feu Louis et ?? (du Poyet)

    Marguerite LACOUR, fille de feu François et Françoise Montmailler
    x 28.02.1729
    Benoit MALAGOUTTE, fils d'Antoine et Anne Messis (du Le vert)
    Cordialement - Jean Marc FAYOLLE
    edechamps

    edechamps Le 13/09/2026

    Il s'agit en effet des enfants de ce couple. Ce sont ces mariages en question, plus particulièrement celui de leur fils Claude qui m'ont fait dire qu'il était déjà décédé en 1726. Merci pour ces renseignements.

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