Sur ce même Causse Méjean, pendant que Jean Michel grandit puis part à la guerre, un prêtre réfractaire tient bon. Jean-Géraud Arnal, né vers 1737 à Pailhas en Aveyron, fut d'abord vicaire au Bourg, puis curé de Saint-Pierre-des-Tripiers. Son dernier acte curial dans cette paroisse date du 7 septembre 1792. Après cette date, son successeur a laissé au bas du registre paroissial une note qui dit tout : « Ici finit la signature de M. Arnal, recteur. Le martyr lui a ôté la plume pour lui donner la couronne céleste. »

Arnal avait refusé avec beaucoup de vigueur de prêter le serment constitutionnel. Recherché, il se réfugia dans une grotte à flanc de falaise, sous le village de la Bourgarie, dans les gorges du Tarn. Pendant deux ans, il en sortit clandestinement pour exercer son ministère, ravitaillé par sa nièce Marie-Jeanne et par des paroissiens qui lui étaient restés fidèles. Il fut finalement dénoncé par Jean-Antoine Caussignac, de Cassagnes, condamné à mort et fusillé au Pré-Nouveau de Meyrueis, le 12 juillet 1794.
On raconte que Florit de la Tour, prêtre constitutionnel et administrateur du district de Meyrueis, lui dit au moment de l'exécution : « Je vous plains, mon cher confrère. » Renouvelant la réponse de Bayard mourant au connétable de Bourbon, Arnal lui répondit : « Ce n'est pas moi qui suis à plaindre, c'est vous. » Il commença à réciter le Miserere. Il fut inhumé près de la chapelle de la Sainte Vierge.
Je reviendrai sur Arnal dans un article qui lui sera entièrement consacré. Mais il est impossible d'évoquer la résistance contre-révolutionnaire sur le Causse Méjean pendant la Terreur sans situer cet homme, dont le destin croise celui de Jean Michel de la manière la plus troublante : le même lieu d'exécution, à cinq semaines d'intervalle. Deux résistances, deux hommes, un seul terrain d'exécution.