Entre 1697 et 1704, cinq enfants naissent à Drigas : Pierre en mai 1697, Jean en juillet 1698, Guillaume en août 1700, Antoine en octobre 1702, et Marie en septembre 1704. Chaque baptême est l'occasion de lire, en filigrane, le réseau des deux familles.
Pour Pierre l'aîné, les grands-parents eux-mêmes tiennent lieu de parrain et marraine : Pierre Boulet père pour le parrain, Madeleine Benoit — la grand-mère maternelle de Nivoliers — pour la marraine.
Pour Jean, c'est Jean Valgalier dit Tonet, oncle maternel, qui tient l'enfant sur les fonts, et Marguerite Boulet, tante paternelle, qui est marraine.
Pour Guillaume, le parrain est Guillaume Valgalier, un autre oncle maternel, et la marraine Marie Viala, grand-mère paternelle.
Pour Antoine, Antoine Ruas — beau-frère de Pierre — est parrain, Anne Trapes de Nivoliers, marraine.
La construction des réseaux de parenté spirituelle est méthodique : chaque enfant noue un lien nouveau entre les deux familles et leurs alliances.
François Raynal, curé de Hures, est présent à chaque naissance, à chaque baptême, à chaque sépulture. Pendant plus de trente-cinq ans, il est le témoin fidèle de la vie de Pierre et Jeanne. C'est lui qui a béni leur mariage, qui baptise leurs enfants, qui enterre leurs morts.
En 1700, Pierre apparaît dans un acte notarié d'un autre ordre : il vend à un bourgeois de Meyrueis, David Dides, une métairie que lui a laissée feu sieur Guillaume Viala, prêtre et curé d'Hures, son oncle. Le curé Viala, mort en 1694, était bien le frère de sa mère Marie. Par ce lien, Pierre hérite d'un bien immobilier sur le finage de Drigas — et choisit de le vendre, peut-être pour consolider sa trésorerie au moment où sa famille s'agrandit.
Pierre est aussi un voisin disponible. On le retrouve comme témoin au testament de Judith Bastide en 1698, au mariage de Louis Pratlong en 1721, au mariage d'Antoine Maurin avec Jeanne Valgalier — une nièce de sa femme — en 1728. Sa signature dans les actes dit sa place dans la communauté.

En décembre 1718, cependant, le deuil frappe Drigas. Pierre l'aîné, le premier-né, meurt à vingt et un ans, sans avoir fondé de famille. Son père et son frère Jean font la déclaration. Il n'y a pas de mots dans les registres pour dire le chagrin des parents, seulement la date et les noms des témoins.