L'ancêtre du dimanche : Jacques Bolusset (1754-1827)

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Dans Les Bourguignons

Ce dimanche, retour en Charolais sur la terre des ancêtres de maman pour vous présenter son arrière (x6) grand-père :
Jacques Bolusset, manouvrier dans les environs de Mont-Saint-Vincent.

Dimanche homme

Jacques Bolusset naît le 18 septembre 1754 dans le village de Mont-Saint-Vincent, en Charolais. Il est le fruit du troisième mariage de son père Laurent Bolusset, déjà veuf à deux reprises, avec Jeanne Cailler, elle-même veuve. Le couple est âgé pour l'époque, 57 ans pour Laurent, 43 ans pour Jeanne, et Jacques restera leur unique enfant commun. Mais il grandit entouré d'une nombreuse demi-fratrie, héritage des unions précédentes de son père : c'est d'ailleurs l'un de ses demi-frères, Jacques Debrier, qui le tient sur les fonts baptismaux. Dans ces familles recomposées par les remariages successifs qu'imposait la mortalité de l'Ancien Régime, les liens du sang se doublaient souvent de ces solidarités-là, entre enfants d'un même père et de mères différentes.

Eglise Mont saint Vincent

Un enfant tardif dans une famille reconstituée

L'acte de baptême de Jacques est conservé et donne d'utiles détails sur cette parenté élargie :

17540919 bolusset jacques bapteme

Jacques fils légitime de Jean Laurent Bolusset manoeuvre et de Jeanne Callier est né le 18 du mois de septembre et a été baptisé le 19 du même mois de l'année 1754 (…). Son parrain a été Jacques Debrier fils de François Debrier de Bourgueil paroisse du Mont Saint Vincent et sa marraine Françoise Trémeau du Mont Saint Vincent fille de Jean Trémeau du même lieu.

 

Jacques passe son enfance à Mary, village voisin de Mont-Saint-Vincent, où sa famille s'installe. C'est là qu'il se mariera, et c'est dans les hameaux de cette paroisse qu'il élèvera ses enfants.

Manouvrier, une vie sans terre

Les actes qui jalonnent l'existence de Jacques le désignent constamment comme manouvrier ou journalier, deux termes qui, à quelques nuances près, désignent la même réalité sociale : un homme sans terre propre, qui vend sa force de travail à la journée ou à la tâche, au service des fermiers, laboureurs ou propriétaires qui, eux, possèdent ou exploitent le sol.

Cette condition n'est pas un détail biographique parmi d'autres : elle éclaire directement la trajectoire géographique de Jacques. Contrairement au laboureur ou au fermier, ancré à son exploitation par le bail ou la propriété, le manouvrier suit l'embauche. Il loge où l'on veut bien le loger, s'installe où le travail se trouve, et n'a guère de raison de s'attacher durablement à un lieu unique. Sa vie se déroule ainsi entre plusieurs hameaux d'un même petit territoire : Mont-Saint-Vincent, Mary, Le Rousset, puis Joncy, quatre points qui, à vol d'oiseau, tiennent dans un rayon d'à peine une dizaine de kilomètres. Mont-Saint-Vincent et Mary, en particulier, sont pour ainsi dire voisins, distants de moins de trois kilomètres l'un de l'autre. C'est tout l'univers de Jacques Bolusset : un monde resserré, où l'on ne s'éloigne guère, mais où l'on se déplace souvent, au gré du travail à trouver et, plus tard, des solidarités familiales à rejoindre.

Mary : le mariage et la vie de famille

Le 25 août 1778, Jacques épouse à Mary Émilande Gueugnon. L'acte de mariage, rédigé en style d'époque, nous apprend que Jacques est déjà orphelin de ses deux parents :

Ce mardy vintcinq aoust mil sept cent septante et huit après la publication des trois bans de mariage faite au prone de la parroisse de Mari sans quil se fut trouvé aucun empêchement ni opposition qui soit venu à ma connaissance moy curé soussigné ay donné la bénédiction nuptiale à Jacque Bolusset fils de défunt Laurent Bolusset et de son vivant manoeuvre aux Chevrots paroisse de Mari et de défunte Jeanne Cailler d'une part et Emiliane Guenion fille de Claude Guenion et de Philiberte Chesnard manoeuvres aux (...) paroisse de Mari et ce en présence de Claude Guenion, Philibert Morin et Claude Desbrières, Philibert Pierre qui n'ont su signer de ce enquis.

 

D'Émilande, on sait finalement bien plus qu'il n'y paraissait au premier abord. Son acte de baptême, retrouvé à Genouilly, lève le voile sur ses origines :

Le neuf may 1752 est née et a été baptisée sur les fonts baptismaux de l'église de Genouilly le onze dud mois de lad année Emiliane, fille de Claude Gueunion laboureur de cette paroisse et de Ph[il]berte Chenard sa femme. Elle a eu pour parrain Léonard Gabon manoeuvre de la paroisse de St Romain et pour marraine Emiliane Chenard fille de Claude Chenard manoeuvre et de Philiberte Garnier de la paroisse de Joncy (…).

 

Émilande (ou Émiliane) naît donc le 9 mai 1752 à Genouilly, une commune de Saône-et-Loire distante d'une dizaine de kilomètres de Mary. Le choix des parrain et marraine est également révélateur : la marraine, Emiliane Chenard, dont Émilande porte manifestement le prénom, selon l'usage bien établi de l'époque, est fille de Claude Chenard et Philiberte Garnier, de la paroisse de Joncy. La famille maternelle d'Émilande avait donc, dès 1752, une branche installée à Joncy, le village où Jacques Bolusset finira lui-même ses jours, 75 ans plus tard. Ce n'est pas un hasard, on le verra, si un membre de cette famille y résidait encore en 1808 : le fil qui relie les Gueugnon à Joncy se tisse sur plusieurs générations, bien avant que Jacques n'en franchisse le seuil à son tour.

Le couple s'installe d'abord à Mont-Saint-Vincent, puis dans divers hameaux de Mary, où naîtront la plupart de leurs enfants.

Les huit enfants de Jacques et Émilande

  • Adrianne, née en 1781 au Mont-Saint-Vincent. Elle a eu pour parrain Claude Geugnon, son grand-père maternel.
  • Anne, dite Nanette (1782-1822) est née aux Chevrots, paroisse de Mary. Manoeuvre, elle est décédée célibataire à l'âge de 40 ans à Mary.
  • François (1785-1854), notre ancêtre, né à Fouillouse paroisse de Mary. Il se mariera deux fois et sera père de 8 enfants.
  • Hugues (1786-1832), journalier, né et mort à Mary. Il épouse Marie Marmorat en 1818.
  • Madeleine (1788-1855), née également à Mary. Elle épouse Claude Meunier, cultivateur à Collonge-en-Charollais.
  • Michel (1791-1791), décédé à l'âge de 7 mois. Il est né et mort à Genouilly.
  • Guillaume (1793-1822), journalier au Rousset, époux de Benoite Perraud.
  • Étienne Philibert (1797-1854), cultivateur à Mary, époux de Reine Dutartre.

Adrianne est la seule des huit enfants à être née à Mont-Saint-Vincent, signe que le couple s'y trouvait encore tout au début de son mariage, avant que la famille ne s'établisse durablement à Mary pour les sept naissances suivantes. On notera aussi le sort contrasté de la fratrie : Michel, mort en bas âge la même année que sa naissance ; Anne restée célibataire toute sa vie ; et cette dispersion progressive des fils, qui reproduisent souvent la condition paternelle de journalier (Hugues, Guillaume) quand Étienne, le cadet, accède au statut de cultivateur.

Le veuvage et le dernier déplacement

Émilande meurt le 9 décembre 1808 à Mary, à l'âge de 56 ans, laissant Jacques veuf. Son acte de décès, riche en détails, mérite d'être cité en entier :

Du neuf décembre an 1808, heure de sept du soir. Acte de décès de Émilande Gueugnon, âgée de cinquante-sept ans, née à Genouilly, département de Saône-et-Loire, profession de manouvrière, décédée le neuf décembre, heure de sept du soir, au domicile de Jacques Bolusset, situé en la commune de Mary, fille de Claude Gueugnon, profession de manouvrier, et de Philiberte Chenard, demeurant à Mary. Le présent acte a été réglé sur la déclaration à moi faite par Jacque Bolusset, profession de manouvrier, demeurant à Mary, âgé de cinquante-cinq ans, qui a dit être son mari de la défunte, et par Simon Gueugnon, demeurant à Joncy, âgé de cinquante [...] ans, profession de manouvrier, qui a dit être son frère de la défunte. (…)

 

Ce document révèle un fil narratif inattendu : c'est Simon Gueugnon, le frère d'Émilande, manouvrier domicilié à Joncy, qui vient déclarer le décès de sa sœur aux côtés de Jacques. La présence de cette famille à Joncy, déjà entrevue dans le choix de la marraine d'Émilande en 1752, se confirme donc sur plusieurs générations. Ce n'est sans doute pas un hasard si, quelques années plus tard, Jacques choisira lui aussi de finir ses jours dans cette même commune : il n'y rejoint pas un territoire inconnu, mais un lieu où sa belle-famille avait, depuis longtemps déjà, pris racine.

Jacques reste encore quelques années à Mary après la mort d'Émilande, avant de partir s'installer chez son fils François, établi au hameau de Noireux, sur la commune du Rousset (aujourd'hui Le Rousset-Marizy). Ce déplacement-là n'a plus rien à voir avec la recherche d'un employeur : c'est un mouvement de fin de vie, dicté par la solidarité familiale, à l'inverse de la mobilité "professionnelle" qui avait rythmé sa jeunesse.

Jacques meurt finalement au hameau de la Menoux, sur la commune de Joncy, le 15 juillet 1827, à l'âge de 72 ans. L'acte de décès, dressé le lendemain, précise les circonstances :

Du seize juillet an mil huit cent vingt sept (…) acte de décès de Jacques Bollusset journalier et époux de défunte Emilande Gueugnon, âgé de soixante et dix ans, décédé le jour d'hier (…) sur l'heure de cinq du soir en son domicile situé en la Menoux, commune de Joncy (…). Le présent acte rédigé sur la déclaration à nous faite 1° par François Bolusset cultivateur demeurant à Noireux commune du Roussay (…) âgé de quarante deux ans qui a dit être fils du défunt. 2° et par Jacques Villeneuve aussi cultivateur (…) demeurant audit lieu de la Menoux, âgé de soixante ans, qui a dit être voisin du défunt.

 

C'est donc son fils François qui vient déclarer le décès, reproduisant jusqu'au bout ce lien filial qui avait déjà accompagné Jacques dans son dernier déménagement. 

Le manouvrier, entre précarité et mobilité contrainte

Au XVIIIe siècle, le manouvrier occupe le bas de l'échelle sociale rurale, juste en dessous du fermier et du laboureur. Ne possédant ni terre ni cheptel propre, il vit de son seul travail, loué à la journée, à la tâche ou à l'année selon les besoins des exploitants voisins : moissons, vendanges, labours, entretien des bâtiments. Cette dépendance économique a une traduction géographique directe : n'étant fixé par aucun bail ni aucune propriété, le manouvrier et sa famille se déplacent plus volontiers que les autres catégories paysannes, suivant les opportunités d'embauche à l'échelle d'un petit territoire, rarement au-delà de quelques lieues.

Le parcours de Jacques Bolusset illustre bien ce schéma : Mont-Saint-Vincent, Mary, Le Rousset, Joncy, quatre localités qui tiennent toutes dans un rayon d'une dizaine de kilomètres, mais entre lesquelles la famille se déplace à plusieurs reprises au fil des générations. Et ce n'est pas seulement Jacques qui circule dans ce périmètre restreint au gré du travail : c'est toute une toile de parentés, du côté d'Émilande cette fois, qui se déploie sur les mêmes villages depuis au moins les années 1750 (Genouilly, Joncy, Saint-Romain). Le "petit monde" de Jacques Bolusset est aussi, en creux, celui de sa belle-famille, une mobilité petite en distance, mais réelle, qui contraste avec l'image d'un monde paysan figé que l'on prête parfois, à tort, à l'Ancien Régime.

(Distances données à vol d'oiseau, calculées à partir des centres des communes actuelles — à considérer comme des ordres de grandeur, les hameaux précis n'étant pas toujours localisables.)

Jacques Bolusset sosa 448
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