François Dominique Théret meurt le 9 juillet 1792 à Wandonne. Il a trente-neuf ans. La cause de son décès n'est pas documentée — maladie, accident, épuisement ? Les archives sont muettes sur ce point. Ce que l'on sait, c'est le moment : la France est en révolution depuis trois ans, Louis XVI est prisonnier depuis le 20 juin, la guerre gronde aux frontières. Dans les châteaux, on murmure, on s'inquiète, on guette.
Agnès est enceinte de leur dixième enfant au moment de la mort de son mari. Elle est veuve avec cinq enfants vivants — l'aînée a douze ans, les derniers sont en bas âge — dans un château dont l'avenir est incertain.
Ce qui survient ensuite confirme que l'inquiétude était fondée. Le 11 septembre 1792 — deux mois après la mort de François —, l'abbé Philippe François se noie dans les fossés du château de Milfaut, après avoir refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé. Cet homme qui avait baptisé tous les enfants Théret, qui connaissait les prénoms, les dates, les marraines, choisit la mort plutôt que l'abjuration. Le château est perquisitionné : on y trouve des courriers compromettants, des traces de correspondances contre-révolutionnaires. Le baron lui-même, Louis-François-Jérôme de Dion, finit par mourir dans la chapelle désaffectée de l'Hospice National d'Arras, le 17 septembre 1794 — victime de la Terreur.
En quelques mois, tout le monde de François s'effondre. Le maître, le curé, le château, l'ordre ancien. Lui, au moins, n'en a pas été témoin.