L'Ancêtre du Dimanche : Thomas Poullet (v.1731-1809)

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Dans Les Normands

À 66 ans, Thomas Poullet épouse une femme de 29 ans. Nous sommes en janvier 1797, dans une petite commune de Seine-Inférieure. L'acte de mariage ne dit rien des raisons de cette union, pas plus qu'il ne laisse deviner ce que Thomas vient de traverser.

Pour comprendre ce qui se joue derrière cette différence d'âge, il faut remonter quelques mois en arrière. Et découvrir une succession de décès qui donne à ce mariage une tout autre signification.

Voici l'ancêtre de ce dimanche 4 octobre, Thomas Poullet, sosa 320, génération 9.

Dimanche homme

Ce mardi 26 janvier 1797, le 7 pluviôse an V, comme l'écrit l'adjoint municipal Pierre Contremoulins dans son registre, deux personnes se présentent dans la maison commune de Saint-Ouen-le-Mauger pour se marier. Lui a soixante-six ans, vit « de son bien », et l'acte précise qu'il est fils de feu Thomas Poullet et de feue Marie-Anne Martin. Elle, Marie-Catherine Baudry, en a vingt-neuf. Trente-sept ans les séparent. Elle ne sait pas écrire et appose sa marque ; lui signe.

Mariage civil au 19e siecle

Rien, dans la sécheresse administrative de l'acte, ne dit pourquoi cet homme, à cet âge, se remarie. Mais en remontant les mois qui précèdent, les registres de Bacqueville-en-Caux racontent ce qui s'est passé : le 13 décembre 1795, Thomas déclare le décès de sa fille Marie-Catherine Geneviève. Le 23 février 1796, il marie une autre de ses filles, Marie-Suzanne Brigitte, à Bertrand Raoux. Le 14 juillet 1796, cinq mois plus tard, il déclare le décès de cette même fille. Le 13 août 1796, un mois après, c'est sa femme Marguerite Lefèvre qui meurt. En huit mois, Thomas Poullet a perdu ses deux filles restantes et son épouse. De son premier mariage, contracté quarante-trois ans plus tôt, il ne lui reste plus personne.

C'est dans ce silence-là qu'il faut entendre le remariage de janvier 1797.

Une enfance déjà marquée par l'absence

Thomas est né vers 1731, peut-être début 1732, l'acte ne s'est jamais retrouvé, et pour cause : le curé d'Herbouville, hameau de Saint-Ouen-le-Mauger, écrira lui-même en 1734 qu'il ne peut « donner aucune attestation » de ce qui précède sa prise de fonction, tant le registre était mal tenu. Sa mère, Marie-Anne Martin, meurt en octobre 1735 ; il a environ quatre ans. Son père, laboureur, se remarie mais meurt en juin 1741, un mois après la naissance d'un dernier frère ; Thomas a environ dix ans. Deuxième enfant d'une fratrie de trois, il grandit orphelin.

Scène d'intérieur

Une trajectoire qui s'élève

Devenu adulte, Thomas est corroyeur, un métier de force, celui qui apprête et assouplit les cuirs tannés. Il épouse Marguerite Lefèvre le 1er décembre 1753 à Bacqueville-en-Caux, en présence d'un oncle paternel notaire à Longueville et d'un cousin tailleur, la famille n'est pas dénuée de relations. Trois filles naissent de cette union : Marie-Suzanne Brigitte en 1754, Anne Rose en 1757 (morte à deux ans, en 1759), Marie-Catherine Geneviève vers 1764. Au fil des décennies, Thomas change de métier : il devient marchand de fruits, puis, à la fin de sa vie, vit de son revenu : rentier. La mention, dans l'acte de naissance de 1799, qu'il est propriétaire de la maison où sa femme accouche, confirme cette aisance acquise.

Corroyeur

Corroyeur

Marchand de fruits

Le marchand de fruits

Le rentier

Le rentier

 

Le remariage, et la maison qui se remplit à nouveau

En 1797, Thomas Poullet est un "jeune marié" d'un certain âge. Sa jeune femme, Marie-Catherine Baudry, fille d'un marchand de Saint-Ouen-le-Mauger, est fileuse de lin. De ce second mariage naissent cinq enfants entre 1798 et 1803, c'est-à-dire jusqu'aux soixante-douze ou soixante-treize ans de Thomas : Clair Thomas Aubin, mort à moins d'un mois en 1798 ; Jean-Baptiste Thomas, né le 29 juillet 1799 ; Marie-Catherine Delphine, morte à deux semaines en 1800 ; Marie-Anne Catherine Euphrasie, née fin 1801 ; Catherine Euphrosine Léocadie Eulalie, née fin 1803.

Scène de la vie quotidienne

Parmi ces enfants, c'est Jean-Baptiste Thomas Poullet, né alors que son père avait presque soixante-huit ans, qui transmet la lignée : il épouse Marie-Anne Adélaïde Rose Viger, et c'est par leur fils que notre arbre continue. Sans ce remariage de janvier 1797, notre branche s'arrêtait avec Thomas.

Il meurt le 11 septembre 1809 à Bacqueville-en-Caux, à soixante-dix-huit ans, qualifié une dernière fois de « vivant de son revenu ». Deux beaux-frères déclarent son décès, l'un marchand de chevaux à Saint-Ouen-le-Mauger, l'autre fabricant à Dieppe. Marie-Catherine Baudry lui survit dix-huit ans.

Thomas Poullet a connu deux vies de famille. La première s'est achevée dans une succession de deuils ; la seconde lui a donné cinq enfants, dont trois seulement ont dépassé la petite enfance.

En remontant les générations, je cherche souvent ceux qui ont transmis un nom, une terre ou une histoire. Thomas m'a rappelé qu'il suffit parfois d'un seul enfant, né au moment où l'on ne l'attendrait plus, pour que toute une branche familiale continue d'exister.

Thomas Poullet
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