L'ancêtre du dimanche : Louise de Brunenc, demoiselle de la Cornilhade

Le 03/05/2026 0

Dans La Lozère

Je vous présente ce dimanche Louise de Brunenc (1570-1634), notre sosa 12 991.

Dimanche femme

Le hasard des archives

Tout a commencé par un relevé d'acte notarial proprement intimidant : quarante-sept pages, rédigées le 5 octobre 1604 chez Me Barthélémy Nogaret à Saint-Laurent-d'Olt, en Aveyron. L'acte règle, en cette année où Henri IV tente de réconcilier son royaume avec lui-même, les conséquences financières d'une prise d'otage remontant à trente-quatre ans.

Trente-quatre ans. Les guerres de Religion ont beau être officiellement closes depuis l'Édit de Nantes en 1598, leurs séquelles, elles, continuent de s'inviter chez le notaire.

C'est dans cet acte fleuve qu'apparaît pour la première fois, dans mes recherches, Loyse de Brunenc, veuve de Pierre Juery, bourgeois de Campagnac. Elle n'est pas la protagoniste principale de l'acte — c'est son beau-frère Jean de Solanet qui en est l'initiateur — mais elle y est présente, active, désignée comme tutrice de ses enfants.

Et c'est par ce biais inattendu que j'ai pu remonter sa filiation, puis celle de toute la maison de Brunenc, jusqu'aux origines notariales de la famille à Sainte-Énimie.

Blason Brunenc

La maison de Brunenc blasonnait ainsi " De gueules, au château d'argent soutenu par deux lions d'or, et un croissant de même en pointe ; au chef cousu d'azur, chargé d'une rose d'or accostée de deux étoiles de même ".

Des notaires aux seigneurs : l'ascension des Brunenc

Louise ne sort pas de nulle part. Pour comprendre qui elle est, il faut remonter à son arrière-grand-père, Louis Brunenc, notaire royal de Sainte-Énimie, actif dès les premières décennies du XVIe siècle. Les actes le montrent à l'œuvre dès 1513 : il achète, rétrocède, prête, instrumentalise les rouages du droit avec l'aisance d'un homme qui en connaît tous les ressorts. C'est le type même du bourgeois lettré de la Renaissance, dont la plume ouvre des portes que l'épée seule n'aurait pas suffi à franchir.

Son fils Jehan de Brunenc franchit précisément ces portes. En épousant le 11 février 1524 Louise de Malbosc, fille du noble Claude de Malbosc, écuyer, seigneur du Miral, de Bédouès et de Finiels, Jehan fait entrer les Brunenc dans la noblesse du Gévaudan. Les Malbosc ne sont pas une famille ordinaire : ils tiennent des terres entre Florac et les hautes terres de Lozère, avec château au Miral dominant la vallée du Lot. Le contrat de mariage, passé à Saint-Bauzile, consacre l'alliance entre la bourgeoisie notariale montante et la noblesse d'épée établie.

Jehan de Brunenc, seigneur du Caylar et de la Cornilhade, s'illustre également par sa loyauté à la couronne : en 1529, il est taxé pour la rançon des fils de François Ier, détenus en Espagne après le désastre de Pavie. Ce détail, en apparence anecdotique, dit beaucoup : les Brunenc sont alors suffisamment en vue pour figurer sur les listes de contribuables au rachat royal. La famille est en mouvement.

Son fils Jean de Brunenc — père de Louise — hérite de ce capital à la fois symbolique et foncier. Capitaine pendant les guerres de Religion, il épouse en 1561 Rose de Pélamourgues, demoiselle du Monteil. Un premier mariage avec Louise de la Tour, contracté en 1556, l'avait précédé. De son union avec Rose naissent trois enfants : Claude, qui perpétuera le nom et le titre de seigneur de la Cornilhade, Anne, et Louise — notre ancêtre.

Un mariage à la frontière du Gévaudan et du Rouergue

Severac

Louise naît vers 1570 à Sainte-Énimie, dans ce si joli bourg de Lozère des gorges du Tarn. Elle grandit dans une famille noble, catholique sans équivoque, dans une région secouée par les affrontements entre les deux confessions.

Le 3 février 1587, à dix-sept ans environ, elle épouse Pierre Juery (Jouéry/Jory), fils de Sire Pierre Juery, bourgeois de Campagnac en Rouergue. Il a une vingtaine d'années. Le contrat est passé chez Me Comitis, notaire de Sainte-Énimie — le notaire de famille des Brunenc. Ce mariage est un passage de frontière au sens propre : des gorges du Tarn au causse du Rouergue, de la Lozère à l'Aveyron, d'une famille noble à une famille de bourgeois aisés, ancrée dans les réseaux juridiques et marchands de la région.

Ils auront au moins trois enfants : Rose, née vers 1589, Pierre et Hélips. C'est par Rose que se prolonge la lignée qui nous conduit jusqu'à aujourd'hui.

L'acte de 1604 : quand le passé ne passe pas

Pierre Juery meurt avant 1604, laissant Louise veuve avec ses enfants. Elle n'a pas encore quarante ans. C'est dans ce contexte qu'elle se retrouve partie prenante dans l'accord de 1604, acte d'une complexité redoutable qui règle un contentieux familial dont les racines plongent dans la nuit des guerres de Religion.

Accord 1604 Juery Brunenc Solanet

Les faits, tels qu'ils ressortent du relevé : le 24 juillet 1570, cent à cent vingt hommes de guerre, tenant le parti de la Religion Prétendue Réformée, font irruption dans la maison des Juery à Campagnac. Ils agissent, précise l'acte, « selon la prière » d'Hélips Fabresse, épouse du vieux Pierre Juery et aïeule paternelle de Pierre et Françoise Juery — la belle-mère et la belle-sœur de Louise. Hélips Fabresse a sollicité ces soldats contre son propre gendre par alliance : Jean de Solanet, mari de Françoise Juery. Les raisons de cette vendetta familiale ne sont pas explicitées dans le relevé. Toujours est-il que Jean de Solanet est fait prisonnier et conduit à Millau, où il doit payer une rançon.

Trente-quatre ans plus tard, en 1604, on n'a pas encore soldé toutes les dettes nées de cet épisode. L'acte est en réalité une transaction entre Jean de Solanet — licencié ès droits, juge de Rocolles, habitant Buzens — agissant aussi au nom de sa femme Françoise Juery (décédée entre-temps), et Louise de Brunenc, agissant comme tutrice de ses propres enfants. Ils sont beaux-frères et belle-sœur : Jean a épousé Françoise Juery, sœur du défunt mari de Louise. La famille règle ses affaires en famille, devant notaire, avec la minutie procédurière propre à ces milieux de juristes et de bourgeois lettrés.

Vingt-neuf ans de veuvage

Après 1604, Louise disparaît des sources pendant presque une décennie.

On la retrouve le 9 février 1614 à Campagnac, où elle est marraine de son premier petit-fils : Jehan de Villaret, fils de Rose de Juery et de François de Villaret, licencié en droit. Le registre paroissial note sobrement : « sa marraine damoyselle Louise de Brunenc veuve à feu Pierre Juery de Campagnac. » Elle ne signe pas, comme la grande majorité des femmes de son époque et de son milieu, même noblement nées.

Elle a quarante-quatre ans. Elle sera encore là vingt ans plus tard.

Le 21 novembre 1633, Louise teste à Sévérac-le-Château, « à la Calsade », dans la maison de François de Villaret, son beau-fils. Elle a environ soixante-trois ans. Autour d'elle, ses petits-enfants : huit du côté des Villaret — Jean, Pierre, Claude, François, Antoine, Louis, Marthe et Marguerite — et au moins six du côté de son fils Pierre, décédé avant elle. Au total, quatorze petits-enfants cités dans l'acte.

Elle désigne comme héritière universelle sa fille Rose de Juery, épouse de François de Villaret. Ce choix n'est pas une surprise : c'est chez Rose qu'elle finit ses jours. Mais il dit quelque chose de l'affection portée à cette fille aînée, ou peut-être de la proximité concrète, quotidienne, que la vie commune crée entre une vieille dame et sa fille.

Son fils Pierre l'a précédée dans la mort. Quant à Hélips, la cadette citée dans l'acte de 1604, elle disparaît complètement des sources après cette date. Elle semble être décédée jeune, sans alliance ni postérité.

Louise de Brunenc meurt vers 1634, à environ soixante-quatre ans. C'est un âge honorable pour l'époque.

Louise de Brunenc (Portrait imaginaire généré par IA)

La postérité : Les Villaret de la Casalde

C'est par Rose de Juery et François de Villaret que la lignée se prolonge. François est docteur en droit, avocat en parlement, juge du duché d'Arpajon — un homme de loi accompli, dans la grande tradition des familles de robins qui font la charpente de la société rouergate du XVIIe siècle. Leur union, célébrée à Campagnac le 18 août 1612, est féconde : neuf enfants, dont plusieurs laissent des traces remarquables.

L'aîné, Jehan de Villaret, conseiller du roi et maître d'hôtel ordinaire de Sa Majesté, accompagne le duc d'Arpajon dans son ambassade en Pologne, sert Mazarin pendant la Fronde, meurt prématurément à Montpellier en 1654 à quarante ans. Son frère Pierre entre dans les ordres, devient recteur de Saint-Chély de Sévérac pendant cinquante ans, fait ses études à Paris en Sorbonne. Claude, lui, suit le prince de Condé jusqu'aux Pays-Bas pendant la Fronde, avant de se soumettre au roi et de revenir finir ses jours à Sévérac.

Rose de Juery survit à son mari et à plusieurs de ses enfants. Elle meurt le 16 juin 1665, à soixante-seize ans, pleurée, note son fils Claude dans le livre de raison des Villaret, « amerement de ses anfeans et fille », devant « une si grande assemblée que on aye jamais veu à Séverac den aucunes honeurs funèbres ».

Louise de Brunenc aurait sans doute souri à ce portrait de sa fille, femme aimée et respectée jusqu'au bout...

Sa place dans notre arbre

Sources

  • Accord et transaction du 05/10/1604 — AD12, 3E13422, Me Barthélémy Nogaret
  • Testament du 21/11/1633 — AD12, E 850, Me Mathieu Baboti
  • Quittance du 06/02/1626 — AD12, 3E 7586, Me Pierre Lamarche
  • Armorial du Gévaudan, Vicomte de Lescure — Gallica
  • Fonds Chassin du Guerny — Geneanet / Brozer téléarchives
  • Les Villaret de la Calsade d'après leur livre de raison — Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron, 1921
  • Cercle Généalogique de l'Aveyron — Expo Actes
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