L'ancêtre du dimanche : David Brudy, le patriarche d'Hyelzas

Le 26/04/2026 0

Dans La Lozère

Hyelzas, Causse Méjean, paroisse de la Parade.
Un village de pierre sèche posé sur un plateau que le vent ne quitte jamais vraiment. C'est là, dans cette ferme du causse que les Brudy occupent depuis au moins trois générations, que David a vécu ses quatre-vingt-un ans — et c'est là qu'il a dicté ses dernières volontés, par un dimanche de juin 1671, à Pierre Michel, notaire royal du Bedos.

Voici l'ancêtre du dimanche : David Brudy (v 1590-1671), notre sosa 6 156

Dimanche homme

Une famille enracinée sur le Causse

La famille Brudy est à Hyelzas depuis le début du XVIe siècle au moins : le grand-père de David, Pierre, y était déjà établi vers 1530. Son père Guillaume (~1560–1637), laboureur, avait épousé en premières noces Anne Jory, dont il eut David — unique enfant connu de cette union. Anne disparut avant 1597 ; Guillaume se remaria deux fois encore.

David naît donc vers 1590, fils unique d'une mère disparue trop tôt. Son père ne le perd pas de vue : au contrat de mariage de 1617, Guillaume lui cède la moitié de tous ses biens, lui transmet l'héritage laissé par Anne Jory, et leur impose à tous deux de vivre sous le même toit, de manger d'un même pain, vin et pitance. Ce n'est pas de la générosité abstraite — c'est la logique des maisons rurales du Gévaudan, où le patrimoine ne se divise pas, il se transmet en bloc.

Hyelzas

Les cartographes de Cassini ont écrit "L' Alsace" pour Hyelzas ... un peu éloigné tout de même !

Deux épouses, une longue vie commune

Le premier mariage : Antoinette Roux (1617)

Le 10 janvier 1617, à Meyrueis, David épouse Antoinette Roux, fille de Jacques Roux et Jeanne Portalier, de la Borie. Il a environ vingt-sept ans. La dot est de seize-vingts livres tournois (320 livres), augmentée de robes, flaissades, linceuls et quinze brebis. L'union ne dure pas trois ans : Antoinette disparaît des actes avant 1620, sans laisser de descendants connus.

Contrat de mariage avec Antoinette Roux - 10 janvier 1617 - Notaire Jehan Geli - Meyrueis

L’an mil-six-cent-dix-sept et le dixième jour du mois de janvier avant midi régnant très chrétien prince Loys par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre sachant tous présents et advenir que comme ainsi soit qu’à l’honneur et gloire de Dieu mariage a été traité et ce jour d’hui solenniser d’entre David Brudy fils naturel et légitime de Guilhaume et de feue Anne Jorie du lieu d’Ielzas paroisse de la Parade diocèse de Mende d’une part et honnête fille Anthoinette Rousse fille naturelle et légitime de Jacques Roux et Jehanne Portalière du lieu de la Borie paroisse et diocèse susdits d’autre et d’autant que nul mariage ne se fait sans constitution de dot à cette cause établi en personne ledit Jacques Roux père de ladite Anthoinette et Loys Roux fils et donataire dudit Jacques lesquels ayant ledit mariage comme fait et traité de leur bon plaisir et consentement de leur bon gré franche et libérale volonté pour eux leurs hoirs et successeurs quelconques le fils procédant de la licence du père ont donné constitué et assigné en dot et pour cause de dot à ladite Anthoinette Rousse une avec ledit David Brudy son mari et en faveur des enfants qui seront procréés du présent mariage c’est à savoir la somme de seize-vingts livres tournois quatre robes les deux cotte et gonnelle cadis ou serge de … faites et honnêtement garnies, et les autres deux drap de maison cotte et gonnelle aussi faites et garnies deux flessades laine de pays et quatre linceuls toile compétents et quinze brebis de port aussi compétentes payable ladite dot savoir est le jour présent ou bien de jour en jour à la volonté desdits mariés la somme cent-cinquante livres tournois les deux robes de celles flessades linceuls et brebis susdits et les deux robes restantes de deux en deux ans l’une d’icelles et le restant de la susdite somme de seize-vingts livres qu’est huit-vingt-dix livres tournois se payera par payes annuelles de quinze livres par an à chacune jour Saint Michel commençant la première paye au jour Saint Michel prochain et continuant lesdites payes d’an en an jusqu’à ce que ladite somme sera entièrement payée avec les pactes suivants et premièrement a été pacté que moyennant ladite douaire et icelle sauve à ladite Anthoinette Rousse elle quittera comme présentement quitte aux susdits Jacques et Loys Roux père et fils présents et acceptant tous biens et droits paternels maternels fraternels légitime supplément d’icelle et autres droits quelconques sauf droits de futures successions ou substitutions advenant que Dieu ne veuille desquels biens et droits dessus quitte ladite Anthoinette de licence que dessus est démise dévêtue et dépouillée et en a investi lesdits Roux père et fils par le bail de la plume de moi notaire item est pacté que lesdits Brudis père et fils reconnaitrons tout ce qu’ils prendront et recevront de ladite dot pour le rendre advenant lieu de restitution à qui de droit s’appartiendra item est pacté que en faveur du présent mariage ledit Guilhaume Brudy père sera tenu remettre audit David Brudy son fils présent et acceptant comme par termes de ce contrat lui quitte cède et remet l’héritage et fidéicommis à lui laissé par Anne Jorie sa première femme par son dernier testament reçu par moi notaire et de plus pour les agréables services qu’il a reçu et reçoit journellement dudit David Brudy son fils et pour bonne amour qu’il lui porte et aussi en faveur du présent mariage et des enfants qui en seront procréés ledit Guilhaume Brudy père a donné perpétuellement quitté cédé remis audit David Brudy son fils y présent et pour lui et les siens hoirs et successeurs stipulant et acceptant c’est à savoir l’entière moitié de tous ses autres biens droits actions tant meubles que immeubles présents et advenir où que sesdits biens soient ni en quoi que puissent consister avec leurs entrées issues droits honneurs charges et de leurs confronts confrontés sous les pactes suivants premièrement que ledit Guilhaume Brudy père et donateur avec Anne Faigesse sa femme seront et demeureront maîtres seigneurs et usufruitiers des biens tant donnés que retenus les charges dudit mariage dûment supportées item que tous les enfants dudit Guilhaume Brudy donateur tant nés que à naître seront nourris dotés cabits et légitimés sur tous lesdits biens tant donnés que retenus item que lesdits nouveaux mariés seront tenus demeurer et habiter ensemble avec lesdits Guilhaume Brudy et sa femme en une même maison mangeant et buvant d’un pain vin et pitance sans pouvoir faire résidence en autre part ni ne pourront rien faire négocier vendre aliéner ni pour obliger l’un sans le sceau et consentement de l’autre ni tenir cabal à part cédant cinq sols à peine de … de cause item demeure accordé que en cas lesdits Brudis père et fils ne pourront demeurer ni soi accorder ce que ledit Guilhaume Brudy aurait volonté se retirer à part avec sa femme s’est retenu et réservé ledit Guilhaume tant pour lui que pour sadite femme la maison crotte d’haut en bas joignant la maison fouganhe par lui ci-devant bâtie pour à icelle faire leur demeure et résidence ensemble aussi toutes les trois que ledit Guilhaume a acquises au lieu des Orts pour en jouir durant sa vie et de sadite femme item est pacté accordé entre lesdits nouveaux mariés que en cas de prémourant venant ledit David Brudy à mourir avant ladite Anthoinette audit cas a donné et donne à ladite Anthoinette sa femme en augmentation de sa dot la somme de soixante livres tournois icelle somme payable dans deux ans après le décès et par le contraire venant ladite Anthoinette à décéder avant ledit David son mari audit cas lui a donné par même donation la somme de trente livres tournois payable comme dessus laquelle constitution donation et rémission lesdits mariés ont acceptée et regraciée au susdit constituant et donateur lesquels dit biens remis et donnés ledit Guilhaume Brudy s’est démis dévêtu et dépouillé et en a investi et mis en possession ledit David son fils par le bail de la plume de moi notaire comme de même ladite Anthoinette des biens quittés s’est démise dévêtue et dépouillée et en a investi et mis en possession lesdits Jacques et Loys Roux par donation irrévocable voulu et consenti que chacun en puisse et veuille prendre possession jusque laquelle prise se sont constitués les tenir l’un de l’autre en … et commande promettant lesdites parties respectivement ne révoquer ni venir au contraire de ce dessus et des pactes susdits par aucun droit … raison ou cause quelconque et pour ce faire l’une partie envers l’autre et au contraire ont obligé et hypothéqué tous leurs biens tant meubles que immeubles présents et advenir que ont soumis aux forces et rigueurs des cours royale de Mayrueis présidiale et conventions de Nismes ordinaire des parties et d’une chacune d’elles et ainsi l’ont promis et juré à Dieu avec d’eux renonciation et pour plus ample validité de ce contrat et en suivant les édits et ordonnances royaux lesdites parties respectivement ont fait et constitué leurs procureurs tous les docteurs et avocats de ces cours et chacun d’eux seul pour par exprès au nom desdits constituants comparoir et se présenter en leur dite cour et en icelle présenter la présente donation requérir l’autorisation d’icelle et le … y être interposé jurer en leurdite âme n’y être intervenu aucun dol ni fraude et faire tout ainsi que lesdits constituants feraient et faire pourraient y étant en propre promettant avoir pour agréable tout ce que par eux sera fait et promis de les relever de toutes charges de procuration et l’ont juré à Dieu sous les obligations et renonciation nécessaires et requis acte et instrument à moi notaire soussigné fait et récité audit lieu d’Yelzas présents à ce maître Pierre Teissier prêtre et recteur de la Parade, sieurs Jean Jory, Guilhaume Boudon, et Pierre Gély de Mayrueis signés, Jacques et autre Jacques le Droict de Sainte Enimie, Jacques Mallier d’Hure, monsieur Jean Gruat du Maynial signés, maître Pierre Michel du Bedos, Anthoine Carnac de la Retournade illettrés, maître Jean Coder et Jean Maurin tisserand de Mayrueis illettrés et moi Jehan Gély notaire royal de Mayrueis requis et soussigné.

Contrat de mariage avec Catherine Darzilan - 28 janvier 1620 - Notaire Jehan Geli - Meyrueis

L’an mil-six-cent-vingt et le vingt-huitième jour du mois de janvier après midi régnant très chrétien prince Louis par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre, sachant tous présents et advenir que comme à l’honneur et gloire de Dieu mariage a été traité et ce jour d’hui célébré, d’entre David Brudy fils légitime de Guilhaume Brudy et de feue Anne Jorie mariés du lieu d’Ielzas paroisse de la Parade diocèse de Mende d’une part et honnête fille Catherine Darzillane fille légitime de Jacques Darzillan et Catherine Jollière mariés du lieu de Luc paroisse de Saint Jean des Balmes diocèse de Vabres d’autre et d’autant que nul mariage ne se fait sans constitution de dot, à cette cause établie en leurs personnes lesdits Jacques Darzillan et Catherine Jollière mariés père et mère de ladite Catherine Darzillanne lesquels agréant ledit mariage comme fait et traité de leur bon vouloir et consentement de leur gré franche et libérale volonté pour eux leurs hoirs et successeurs quelconques, ont donné constitué et assigné en dot à ladite Catherine leur fille en faveur dudit mariage et des enfants que s’il plait à Dieu en seront procréés, et aussi pour tous droits paternels maternels fraternels légitime supplément d’icelle et autres droits quelconques, c’est la somme de trois-cent-soixante livres trois robes faites et garnies l’une dessus serge de Nymes autre gonnelle serge ou cadis de Nymes et autre drap de maison compétentes deux flessades quatre linceuls et douze ouailles de port compétentes, et autre robe dessus serge ou estamet de collière faite et garnie pour la femme dudit Guilhaume Brudy payable ladite constitution c’est présentement qu’est le jour de noces la somme de cent-quatre-vingt livres tournois les deux robes de celles et celle de la femme dudit Guilhaume Brudy lesdits flessades linceuls et brebis et l’autre robe drap de maison se payera dans deux ans à compter du jour présent et les cent-quatre-vingt livres restantes quinze livres par an à chacun jour Saint Michel continuant lesdits payements jusque à fin de paye avec les pactes retenues et réservations suivants, premièrement a été pacté que moyennant ledit douaire et icelui sauf et réservé à ladite Catherine Darzillane ladite Darzillane quittera comme dès à présent et par vertu du présent contrat ladite Catherine de licence desdits Darzillan et Jollière mariés et dudit Brudy son mari quitte cède et remet auxdits Darzillan et Jollière mariés ou à l’héritier ou héritière par eux institué ou à instituer tous biens et droits paternels maternels fraternels légitime supplément d’icelle et autres droits quelconques sauf droits de futurs successions ou substitutions advenant que Dieu ne veuille et desquels biens et droits ci-dessus quittés ladite Catherine Darzillane s’est démise dévêtue et dépouillée lesdits Darzillan et Jollière mariés leurs hoirs et successeurs en a investi et mis en possession par le bail de la plume de moi notaire, item est pacté que lesdits Brudis père et fils seront tenus reconnaître et assurer sur tous et chacun leurs biens tout ce qu’ils auront prendront et recevront dudit douaire pour advenant cas et lieu de restitution le rendre et restituer en la forme et manière qui se trouvera avoir été pris et reçu, item que ledit Guilhaume Brudy père ratifie comme par termes de ce contrat ratifie approuve et confirme audit David Brudy son fils présent et acceptant la donation par lui faite audit David le jour de son premier mariage avec feue Anthoinette Rousse reçu par moi notaire, item que en cas de prédécès si c’est par le moyen dudit David Brudy mourant premier que ladite Catherine sa femme audit cas lui a donné et donne d’augment la somme de soixante livres tournois payable dans deux ans après le prédécès, et par le contraire venant ladite Catherine à décéder avant ledit David son mari audit cas lui a donné par même donation la somme de trente livres tournois payable comme dessus, laquelle constitution de dot lesdits Brudy et Darzillane ont acceptée et regraciée au susdit constituant promettant lesdites parties respectivement faire attendre et accomplir ce dessus et les pactes susdits, et pour ce faire lesdites parties respectivement l’une d’elles envers l’autre et au contraire ont obligé et hypothéqué tous leurs biens tant meubles qu’immeubles présents et advenir que ont soumis aux forces et rigueurs des cours présidiale et conventions royaux de Nymes royale de Mayrueis ordinaire des parties et d’une chacune d’elles et ainsi l’ont promis et juré à Dieu et par vertu dudit jurement renoncer à tous droits causes et moyens à ce dessus contraires de quoi lesdites parties ont requis acte et instrument à moi notaire royal soussigné fait et récité audit lieu d’Yelzas dans la maison dudit Brudy présents à ce sires Estienne Darzillan, Jehan Jory, Guilhaume et autre Guilhaume Boudons père et fils de Mayrueis signés, sire Anthoine Baron de Peirelau, Pierre et Anthoine Barrets des Douzes, Pierre Saubert d’Yelzas, et plusieurs autres ne sachant écrire ni parties et moi Jehan Gély notaire royal de Mayrueis requis et soussigné.

Le second mariage : Catherine Darzilan (1620)

Le 28 janvier 1620, David se remarie avec Catherine Darzilan, fille de Jacques Darzilan et Catherine Julier, du lieu de Luc, paroisse de Saint-Jean-des-Balmes, en diocèse de Vabres. Il a trente ans, elle environ vingt. Son père ratifie expressément la donation faite à David lors du premier mariage — il n'est pas question de repartir de zéro. Cette fois, l'union durera quarante-six ans et demi, jusqu'à la mort de Catherine en 1666. Ensemble, ils auront huit enfants.

Un homme de son siècle, catholique et soucieux du bon ordre

David se qualifie lui-même, dans son testament, de sire, titre qui désigne moins la noblesse que le respect dont jouit un propriétaire aisé dans la communauté villageoise. Il est aussi qualifié de marchand dans certains actes : le Causse Méjean, terre d'élevage et de transhumance, nourrissait ce type de commerce, entre foires et voisinage.

David est catholique : son testament l'atteste sans ambiguïté. Il invoque Dieu le père tout puissant, réclame trois prêtres pour ses obsèques, lègue un agneau pour des messes au bénéfice des âmes du purgatoire, et distribue du pain cuit aux pauvres de la paroisse en trois fois — neuvaine, demi-année, bout d'an. C'est la liturgie funèbre catholique dans toute sa régularité.

Testament David Brudy

Le testament de 1671 : portrait d'un patriarche en ses dernières volontés

Le 21 juin 1671, se trouvant dans l'âge et la décrépitude de vieillesse, David convoque le notaire Pierre Michel. Il a environ quatre-vingt-un ans. Ses enfants sont mariés depuis longtemps ; son fils aîné Guillaume est mort quatre ans plus tôt, en 1667, laissant une veuve et trois jeunes enfants.

C'est ce deuil-là qui structure le testament. David fait de sa belle-fille Marguerite Dides son héritière fiduciaire : elle recevra et gérera l'héritage, à charge de le remettre à l'un de ses deux petits-enfants — Guilhaume ou Isabeau — quand elle le jugera bon, notamment lors du mariage de l'un d'eux. Il lui assure également une pension en nature très précise : six setiers de blé, douze livres de chair de porc salée, douze livres de fromage, huit livres d'huile, deux cartes de sel, une robe tous les trois ans, une chemise chaque année, le droit de prendre eau à la citerne, bois au bûcher, légumes au jardin — et la jouissance d'une chambre blanchie derrière la maison.

Ses fils Thomas et Louis reçoivent des legs de légitimaire (600 et 650 livres respectivement), non l'héritage principal. Ses filles mariées — Anne, Marie, Marguerite, Louise — se voient octroyer symboliquement cinq sols chacune, au-delà de leur constitution dotale déjà versée.

Une note d'agacement traverse l'acte à propos de son gendre Pierre Costecalde, mari de Marguerite : David prend soin de déclarer nulle et faussement fabriquée toute donation que Costecalde prétendrait avoir reçue de lui. La méfiance est nommée, noire sur blanc, devant témoins.

Le 3 août 1671, six semaines après avoir dicté ses volontés, David Brudy s'éteint à Hyelzas, après avoir reçu les sacrements nécessaires à salut. Il est inhumé le lendemain au cimetière de la Parade. Deux de ses fils étaient présents : Thomas, qui sait signer, et Louis, mentionné comme illettré.

16710804 brudy david sepulture

Trois fils, trois destins - Nos ancêtres communs

Guillaume Brudy (~1630–1667) : l'héritier qui disparaît trop tôt

Guillaume est l'aîné, celui que David destine à reprendre le domaine. Il épouse Marguerite Dides le 28 février 1658, dans un contrat passé au Buffre où David lui fait donation de la moitié de tous ses biens — geste habituel du père qui installe son successeur. Ils ont trois enfants : Élisabeth dite Isabeau (~1660), Jean (1663) et Guillaume (1665).

Mais Guillaume meurt le 6 janvier 1667, à environ trente-sept ans, après avoir reçu les saints sacrements de pénitence, d'eucharistie et d'extrême onction. Ses fils Jean et Guillaume mourront également jeunes. Seule Isabeau lui survivra longtemps.

C'est pour protéger cette famille orpheline de père que David construit l'essentiel de son testament quatre ans plus tard. Et Marguerite Dides sera fidèle à la mission confiée : en mars 1673, lors du contrat de mariage de sa fille Isabeau avec Jean Arnal, marchand des Mourgues, elle rend formellement le fidéicommis — exactement comme son beau-père l'avait prévu. Sachant être chargée par le testament dernier de feu David Brudy son beau-père... d'être instituée héritière universelle à la charge de rendre à Isabeau ou Guilhaume Brudis ses petits-fils venant à se marier, précise l'acte. La volonté du vieux patriarche s'accomplit ainsi, deux ans après sa mort, dans la maison même d'Hyelzas.

Isabeau Brudy (1660–1731) épousera Jean Arnal à treize ans, aura douze enfants, et vivra jusqu'à soixante et onze ans à Hyelzas — sur la même terre que son grand-père.

Thomas Brudy (~1628–après 1703) : le marchand du Rozier

Thomas est celui qui sait signer — détail qui compte dans un monde où l'immense majorité des actes se concluent avec une croix. Il quitte le Causse pour s'installer au Rozier, bourg commerçant au débouché des Gorges de la Jonte, où il exerce comme marchand. Il y épouse Marie Conneau vers 1665 et y reste : les actes le situent au Rozier de 1671 à 1678 au moins, et encore en 1703 lors du mariage de sa fille Catherine. Six enfants lui sont connus.

Signature de thomas brudy pere

Thomas est présent à tous les moments importants de la famille : au mariage de son frère Louis en 1674 à Carnac, au mariage de sa nièce Isabeau en 1673 à Hyelzas — où il est cité comme oncle paternel —, et c'est lui qui signe l'acte de sépulture de son père en août 1671. Il est le lien, le témoin instruit, celui qui met sa signature là où les autres posent une croix.

De son union avec Marie Conneau naît notamment Messire Thomas Brudy (~1670–après 1730), notre ancêtre direct par cette branche.

Louis Brudy (~1644–avant 1735) : le laboureur de Carnac

Louis est le cadet de la fratrie masculine, né vers 1644 quand David approche de la cinquantaine. Il ne sait pas signer. En 1674, il épouse Jeanne Ladet, du village de Carnac, paroisse de Saint-Chély-du-Tarn — et aussi sa cousine au troisième degré, ce qui nécessite une dispense épiscopale. Le curé Pourquier en précise soigneusement la référence dans l'acte religieux : dispense obtenue de Monseigneur du troisième degré de consanguinité au quatrième, par ordonnance du 24 septembre dernier.

Le contrat de mariage, passé le 27 mai 1674 à Carnac chez le père de Jeanne, montre que Louis n'est pas démuni : il apporte dix-huit-cents livres de cabal pour faire valoir à sa guise. Son frère Thomas est présent à la signature, tout comme son neveu Guillaume Brudy — fils du défunt Guillaume aîné — et Jean Arnal, qui épousera Isabeau quelques semaines plus tard. La famille, ce jour-là, est presque au complet.

Louis s'établit à Carnac comme laboureur. Il y est encore vivant en 1720, lors du mariage de son fils Pierre, à plus de soixante-quinze ans. De son union avec Jeanne Ladet naissent six enfants, dont Louise Brudy (1677–1756), notre ancêtre directe par cette ligne.

Ce que David nous a transmis

David Brudy est un de ces ancêtres que les archives font exister presque en chair. Son testament n'est pas seulement un document juridique : c'est un acte de soin, de prudence et parfois de méfiance. Il y pense à la veuve de son fils, à ses petits-enfants sans père, aux pauvres de la paroisse, aux prêtres qu'il faudra payer. Il règle les comptes, il prévient les conflits, il nomme les choses — et il fait confiance à Marguerite Dides pour exécuter fidèlement sa volonté.

Ses trois fils, partis chacun sur une voie différente — l'héritier du domaine mort trop tôt, le marchand lettré installé au Rozier, le laboureur établi à Carnac —, ont tous fondé des familles dont nous descendons. Dix chemins de Sosa mènent à lui. C'est peut-être la marque des familles qui savent durer.

David Brudy et ses fils
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