Le 20 novembre 1781, dans l'église de Saint-Romain-sous-Gourdon, le curé célèbre deux mariages le même jour. Le premier unit Claude Suchet, menuisier veuf d'une trentaine d'années, à Françoise Josèphe Goujon, fille du sr François Goujon, fermier à Sérigny. Le second unit Gilberte Suchet, sœur cadette de Claude, à Claude Goujon, frère de Françoise Josèphe. En une seule cérémonie, deux fratries échangent leurs membres : les enfants Suchet épousent des enfants Goujon, les enfants Goujon épousent des enfants Suchet.
Il n'y a là rien d'illicite. Aucun lien de sang ne relie ces jeunes gens. Mais il y a quelque chose d'extraordinaire, quelque chose qui ne s'explique pas sans remonter quelques années plus tôt — jusqu'à deux veufs, deux deuils survenus à quelques mois d'intervalle, et une femme au centre de tout : Anne Dussieux, sosa 925 de mes enfants.



