Quand la famille Rebichon s'installe à Pouilloux à la fin des années 1790, le village est un bourg rural tranquille de Saône-et-Loire, niché à une altitude d'environ 330 mètres, dans un paysage de prairies, de bois et de collines douces. Non loin de là se dresse le château du Martret, beau domaine de la fin du XVIIIe siècle, qui rappelle que la campagne bourguignonne n'est pas que misère — il y a aussi des propriétaires, des notables, des gens qui comptent. Les Rebichon, eux, ne font pas partie de ce monde-là.

Ce qui rend la localisation de Pouilloux particulièrement intéressante pour Antoine, c'est sa situation géographique. Le village se trouve à seulement quelques kilomètres de Ciry-le-Noble — le bourg même où il était né soixante ans plus tôt. En choisissant Pouilloux, Antoine ne revient pas exactement au pays, mais presque. C'est un retour aux sources discret, comme si le bûcheron nomade sentait venir le moment de poser ses outils.
Et les forêts ne manquent pas dans les environs. La commune est entourée de bois qui représentent encore aujourd'hui près d'un quart de son territoire. Pour un charbonnier comme Antoine, c'est exactement le genre de territoire où l'on peut encore travailler. Et ce travail-là, on sait désormais ce qu'il représentait concrètement.
Quelques mots sur le métier d'Antoine
Les charbonniers habitaient généralement dans des huttes de terre et de branchages situées dans les clairières. Cette vie de reclus, rude et austère, et leur visage noir à cause de la fumée et du charbon étaient à l'origine de bien des légendes sur leur sort. En Bourgogne spécifiquement, le charbonnier utilisait une grande brouette à bûches, et quand il ne vivait pas seul, les huttes qu'on appelait « loges » ou « culots » abritaient toute la famille. On imagine Marie-Josèphe et les enfants dans ces abris de fortune, au rythme des meules qui brûlaient jours et nuits.
Car la carbonisation durait une à deux semaines sous surveillance constante, de jour comme de nuit. Ni dimanche ni jours de fête pour ces hommes : ils restaient vigilants, rectifiaient le tirage, observaient les fumées, écoutaient les craquements. La meule ne se laissait pas distraire — et malheur à celui qui s'assoupissait trop longtemps.

Mais ce métier touchait alors à sa fin. Au XVIIIe siècle, l'inflation du prix du charbon de bois favorisait déjà l'usage du charbon de terre, et la profession commençait à décliner à partir du début du XIXe siècle. Autour de Pouilloux et de Ciry-le-Noble, le bassin houiller de Blanzy–Montceau-les-Mines était en plein essor : le charbon minéral allait bientôt rendre obsolète le charbon de bois d'Antoine. Il aura exercé son métier jusqu'au bout, jusqu'à ce que ses bras ne le lui permettent plus — sans jamais savoir, peut-être, que le monde dans lequel il avait grandi disparaissait en même temps que lui.
C'est à Pouilloux que Marie-Josèphe s'éteint en 1801. C'est à Génélard — à quelques lieues de là, sur la même terre bourguignonne — qu'Antoine mourra en 1813. Le cercle est bouclé.