Au milieu du XIXe siècle, lorsque Louis Branché descend dans les puits, le bassin houiller de Blanzy est en pleine expansion. Exploité depuis le XVIIIe siècle, il connaît une transformation spectaculaire sous l'impulsion de la Compagnie des mines de Blanzy, fondée en 1838. En quelques décennies, des milliers de mineurs transforment de modestes bourgs agricoles en une véritable cité ouvrière : Montceau-les-Mines, dont le nom dit tout.
Les conditions de travail sont rudes. Le boiseur, comme Louis Branché en 1861, consolide les galeries avec des étançons de bois pour prévenir les éboulements — métier dangereux, indispensable, peu reconnu. Les maladies pulmonaires sont endémiques, la silicose ronge les poumons à bas bruit, et les accidents meurtriers jalonnent les décennies.
Le 8 mars 1867, une catastrophe frappe le puits Cinq-Sous de Blanzy. Un coup de grisou — ces redoutables explosions de méthane accumulé dans les galeries — tue plusieurs ouvriers. Parmi eux, deux frères de Louis Branché : Philippe (1829-1867) et Philibert (1839-1867), tous deux pères de famille, fauchés le même jour. Louis a quarante-cinq ans. Il a déjà perdu un autre frère à l'hôpital de Montceau. Sa sœur Marie a perdu ses deux maris successifs à la mine. Cette famille ne connaît de la mort que le visage noir de charbon.
Malgré tout, la Compagnie de Blanzy développe des œuvres sociales précoces — écoles, dispensaires, caisses de secours — qui témoignent d'un paternalisme industriel caractéristique de l'époque. C'est dans ce monde à part, solidaire et impitoyable, que Louis et Françoise ont bâti leur vie, élevé leurs enfants survivants, et vieilli côte à côte, rue du Plessis.