L'ancêtre du dimanche : Louis Garnier, huissier royal de Perrecy

Le 14/06/2026 0

Dans Les Bourguignons

Dans l'église Saint-Pierre de Perrecy-les-Forges, en ce 28 janvier 1699, ils sont venus nombreux accompagner Louis Garnier à sa dernière demeure. Son fils Hyacinthe, prêtre du tiers ordre de Saint-François, officie aux côtés du curé. Philippe, son cadet, marchand à Saint-Romain-sous-Versigny, est là lui aussi. Pierre Demontchanin, notaire royal, beau-frère de Louis, et Guillaume Gautier, autre notaire royal du bourg, complètent ce cortège de notables. Le registre le note sobrement : "plusieurs autres ses parents et amys". Cet homme que l'on enterre ce jour-là dans les murs mêmes de l'église — honneur réservé aux gens de qualité — laisse derrière lui une vie dense, traversée par les deuils et les recommencements.

Voici l'ancêtre du dimanche : Louis Garnier (v.1648-1699), sosa 3 698 - G12

Dimanche homme

D'Antully à Perrecy : une ascension tranquille

Louis Garnier naît vers 1648 à Antully, petit village de Saône-et-Loire perché sur les hauteurs entre Autun et le Creusot. Son père, Jean Garnier, y exerce le commerce — honnête marchand, ni notable ni miséreux. On ne sait rien de son enfance, et les registres paroissiaux d'Antully pour cette période ne sont pas parvenus jusqu'à nous. C'est donc un homme jeune, sans passé documenté, qui apparaît à Perrecy-les-Forges au tournant des années 1660.

Perrecy est alors un bourg animé, dominé par son ancien prieuré bénédictin. C'est une petite capitale de la vie juridique et commerciale locale, où notaires royaux, huissiers, marchands et chirurgiens forment une bourgeoisie de bourg soudée et interconnectée. Louis s'y installe, y acquiert sa charge d'huissier royal — un office qui le place au cœur de la vie judiciaire locale — et y fera souche pour le reste de ses jours.

L'huissier royal au XVIIe siècle

L'huissier royal est un officier ministériel chargé de signifier les actes de justice, d'exécuter les décisions des tribunaux et d'assurer le bon déroulement des audiences. À la différence du simple sergent seigneurial, il tient sa charge du roi, ce qui lui confère un statut supérieur et une certaine indépendance vis-à-vis des justices locales. Dans un bourg comme Perrecy, qui possède sa propre justice de prieuré, l'huissier royal est un personnage incontournable — celui par qui les assignations circulent, les saisies s'exécutent, et la loi se fait concrète dans la vie quotidienne des habitants. Louis sait signer, ce qui n'était pas universel à son époque, et les actes le qualifient tantôt d'huissier, tantôt d'huissier général — une distinction qui témoigne de l'étendue de sa juridiction.

Huissier royal

Nicole, venue de Charolles

Le 15 octobre 1669, Louis Garnier, "âgé d'environ vingt et un ans", épouse Nicole Rostain dans l'église de Perrecy. Elle a à peu près le même âge, et vient de Charolles, ville distante d'une vingtaine de kilomètres, où vivaient ses parents — son père Philibert est déjà mort à cette date, sa mère Jeanne Cortier a dû donner son consentement de loin. Nicole s'installe donc à Perrecy, dans ce bourg qui n'est pas le sien.

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Les témoins du mariage parlent du milieu dans lequel Louis évolue : Me Febvre, avocat au parlement demeurant à Charolles, Jacques Philibert Bodier notaire royal, et Nicolas Gazeau, huissier général du lieu — autrement dit, le collègue direct de Louis. Ce sont des pairs, des hommes du même monde juridique et marchand. Le dernier témoin, Milant Rolenot, "qui n'a signé", rappelle que ce monde a aussi ses marges.

La vie commune durera dix-sept ans. Neuf enfants naîtront de cette union : Hyacinthe en 1670, Reine en 1672, Philippe Louis en 1674, Jean-Nicolas en 1675, Pierre en 1678, Magdelon en 1680, Étienne en 1683, Pétronille en 1685, et François vers 1688. Quatre d'entre eux mourront en bas âge — Reine à trois ans, Magdelon à vingt mois, Étienne à trois ans, François à cinq ans. Le registre enregistre ces petits décès avec la même sobriété que les baptêmes, comme si la mort des enfants était simplement l'une des dimensions ordinaires de l'existence.

Nicole Rostain, elle, est inhumée dans l'église Saint-Pierre le 2 mai 1686 — dans l'église, comme son mari le sera treize ans plus tard. Elle avait environ quarante-huit ans.

Hélène, fille de chirurgien

Trois ans de veuvage, puis Louis se remarie. Le 30 août 1689, il épouse Hélène Demontchanin, fille du défunt chirurgien de Perrecy et de Nicole Godin. Louis a environ quarante et un ans, Hélène une trentaine. Deux personnes du même bourg, du même milieu, tous deux orphelins de père — le père d'Hélène est mort avant le mariage, comme celui de Nicole Rostain vingt ans plus tôt.

Perrecy église

La cérémonie réunit les proches des Demontchanin : Nicole Godin, la mère, et les frères Pierre et François. On note aussi la présence "d'honorable Nicolas Rostain marchand", probablement un parent de la première épouse de Louis. À Perrecy, les réseaux s'entrelacent, les familles se connaissent depuis toujours.

Les Demontchanin sont une famille que les lecteurs de ce blog connaissent bien : Pierre, le frère aîné d'Hélène et notaire royal, s'illustrera deux ans plus tard dans une affaire judiciaire particulièrement animée, dont vous pouvez lire le récit ici. Ce même Pierre sera présent à l'inhumation de Louis en 1699, fidèle jusqu'au bout à son beau-frère.

D'Hélène, Louis aura trois enfants : Philibert en 1690, et Pétronille en septembre 1692 — mon ancêtre directe. L'acte de baptême de Pétronille est particulièrement touchant : sa marraine n'est autre que "Pétronille Garnier fille dud Sr Garnier et de fut Nicolle Rostain", la demi-sœur aînée, fille du premier lit, qui donne son prénom à la fille du second. Les familles recomposées de l'Ancien Régime avaient leurs propres manières de se souder.

Mais le bonheur est bref. En juin 1694, Hélène met au monde une petite Marie. Elle meurt en couches le 11 juillet suivant, inhumée en présence de sa mère et de son frère Pierre. Elle avait une trentaine d'années.

Les années incertaines (1694-1696)

Louis est à nouveau veuf, avec des enfants en bas âge — dont un nourrisson. Il a quarante-six ans. On ne sait rien de ces deux années, sinon ce qu'un acte de baptême du 24 mars 1696 révèle sans détour : ce jour-là naît Jeanne, "fille naturelle de sa servante Jeanne Roy, domestique, laquelle a déclaré que son enfant n'avoit d'autre père que le sieur Garnier, son Maître". L'acte est sans ambiguïté. On le note, sans en savoir plus que ce qu'en dit le registre.

16960324 roy jeanne fille naturelle

Le 24e Mars 1696 est née environ les quatre heures du matin jeanne fille de jeanne Roy servante domestique de M. Louis Garnier huissier de ce bourg laquelle a declaré que son enfant n'avoit autre père que le sr Garnier son maitre, elle a été baptisée par moy soussigné curé le 25 du même mois, elle a eu pour parrain antoine souchon natif d'harles en provence et domestique de Mr de Beaumesnil et pour marraine jeanne fille d'honnête françois Petit de ce lieu lesquels n'on seu signer enquis.

 

Six mois plus tard, Louis se marie pour la troisième fois.

Jeanne, à Gueugnon (1696)

Le 25 septembre 1696, Louis Garnier, huissier royal de Perrecy, épouse Jeanne Dessaulze à Gueugnon, bourg voisin. Elle est fille de feu François Dessaulze et de Michelle Pascaud — orpheline de père, comme ses deux prédécesseures. L'acte est sobre, presque laconique : "suivant toutes les formalités de l'église", une liste de témoins sans qualités détaillées, dont on reconnaît Demontchanin — Pierre, sans doute, toujours présent dans l'entourage de Louis.

Louis a environ quarante-huit ans. De ce troisième mariage naîtront Louis en mai 1698, et Marguerite en 1699. Cette dernière, Louis ne la connaîtra pas : il meurt le 28 janvier 1699, "âgé d'environ cinquante et un ans, ayant reçu les sacrements". Marguerite naîtra après sa mort.

Une lignée qui continue

Louis Garnier laisse derrière lui une descendance nombreuse et dispersée. C'est sa fille Pétronille, née en 1692 du deuxième lit, qui transmet notre ligne : elle épousera Pierre Suchet en 1711 et donnera naissance à quatre enfants — Philiberte, Antoine François, Léonard et Anne.

Perrecy-les-Forges garde d'autres traces de ces familles entrelacées. Anne Dussieux, dont j'ai raconté l'histoire ici, y a elle aussi laissé son empreinte dans les mêmes registres paroissiaux.

Louis Garnier, lui, repose dans l'église Saint-Pierre de Perrecy. Autour de sa tombe, ce jour de janvier 1699, son fils franciscain a dit les prières. C'est peut-être tout ce qu'on peut lui souhaiter de mieux : mourir entouré, dans son bourg, après une vie bien remplie.

Le 28e janvier 1699 est décédé Mre Louis Garnier huyssier du Bourg de perrecy agé d'environ cinquante un ans ayant reçu les sacrements il a été inhumé dans l'église paroissiale St Pierre dud Perrecy par moy soussigné curé et ont assisté aux cérémonies de sa sépulture le St Père Hyacinthe ptre religieux du tiers ordre St François son fils, honorable Philipe Garnier marchand de la paroisse de St Romain sous Versigny aussi son fils, Mre Pierre demontchanin notaire royal son beau frère, Mre Guillaume Gauthier aussi notaire royal dud Perrecy et plusieurs autres ses parents et amys.

Les enfants de Louis Garnier

Prénom N-D Conjoint(e) Notes
Premier lit - Nicole Rostain
Hyacinthe 1670- Religieux, tiers ordre de Saint-François
Reine 1672-1675 Décédée à 3 ans
Philippe Louis 1674-1735 Madeleine Garchery Marchand, procureur d'office
Jean Nicolas 1675-
Pierre 1678-1692 Décédé à 13 ans
Magdelon 1680-1681 Décédée à 20 mois
Étienne 1683-1686 Décédé à 3 ans
Pétronille 1685-1740 Jacques Garchery Marchand, fermier
François 1688-1693 Décédé à 5 ans
Second lit - Hélène Demontchanin
Philibert 1690-
Pétronille 1692-1750 Pierre Suchet Mon ancêtre - Sosa 1 849
Marie 1694-
Troisième lit - Jeanne Dessaulze
Louis 1698-1700 Décédé à 21 mois
Marguerite 1699-
Enfant naturelle avec Jeanne Roy
Jeanne 1696-

 

Sa place dans notre arbre

Louis Garnier
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