Le 27 mai 1840, Lena Boulonje a vingt et un ans. Elle se présente à la mairie de Gouda, cette même mairie où son père l'avait déclarée vingt ans plus tôt. Elle va se marier.
Le marié s'appelle Johannes Gravesteijn. Il a vingt-deux ans. Il est koperslager knecht — compagnon chaudronnier, pas encore maître. Il est le fils de Gijsbert Gravesteijn, lui aussi décédé, et de Johanna de Jong, présente ce jour-là pour donner son consentement. La mère de Lena, elle, est morte depuis quinze ans. Son père Teunis est là est signe.
Les témoins sont quatre : un fabricant de colle, un agent de police, un fabricant de pipes — et Andreas Belonje, trente-neuf ans, vannier. Un cousin, un oncle ? La famille Boulogne est encore là, fidèle au poste.
Lena signe l'acte : L. Boulonje. Une écriture nette et assurée. Elle n'est pas illettrée, loin de là.
Les jeunes mariés s'installeront probablement Keizersgracht, à Gouda — c'est du moins ce que des notes de famille semblent indiquer. Johannes progressera dans son métier : de compagnon chaudronnier, il deviendra artisan établi à son compte. La famille sera suffisamment à l'aise pour faire faire un portrait de groupe photographique dans les années 1870 — geste encore coûteux et bourgeois à cette époque.
Ensemble, ils auront dix enfants. Parmi eux, une fille prénommée Wilhelmina Helena et une autre Helena Geertruida — les premières d'une longue série à porter ce prénom qu'elles tenaient de leur mère.
