Ma grand-mère paternelle était lozérienne de souche. Née dans le hameau de Hures, sur le Causse Méjean, elle était l’aînée de six enfants dans une famille de cultivateurs. Épouse de gendarme et mère de neuf enfants, elle vivait à Rodez quand j’étais petite. Je ne la voyais qu’une ou deux fois par an.
Elle m’impressionnait énormément.
Petite femme vive et un peu boulotte, elle avait le parler franc et n’avait pas la langue dans sa poche. À la maison, c’était elle « qui portait la culotte », disait mon père. Elle nous grondait en patois occitan — je n’y comprenais rien, mais le ton ne laissait aucun doute !
Je me souviens des vacances en Lozère : le tour des cousins, plus ou moins lointains, et celui des cimetières aussi — comme un pèlerinage familial.
Mon père la décrivait avec tendresse et amusement : "Le soir, une fois les enfants couchés, elle parlait seule, à (très) haute voix, refaisant le film de la journée. Mon père en prenait pour son grade, puis les enfants, du plus grand au plus petit. Tout cela dans une langue imagée, mélange savoureux de français et de patois, riche d’adjectifs colorés et de superlatifs pittoresques.
L’une de mes soeurs se faisait traiter de « Marie des Horts » ou « grande flandrinasse », mon père devenait « pourcas », moi « bestias », « bestiassas », ou encore « grande banaste sans vergogne »…"
Une vraie femme de caractère...