Le 7 juin 1723, au Rozier, dans la maison de Thomas Brudy, l’atmosphère est solennelle. Autour de la table se tiennent parents, oncles, cousins, notables. Le notaire Antoine André déplie ses feuillets. On ajuste les chaises, on murmure quelques mots.
Ce matin-là, il ne s’agit pas seulement d’un mariage. Il s’agit d’un contrat.
Pierre Pascal, fils de Pierre Pascal du Cayla, et demoiselle Anne Brudy, fille de Thomas Brudy et de Catherine Jourdan, promettent de « se prendre en vrai et légitime mariage » en face de l’Église catholique. Mais avant la bénédiction religieuse, les familles règlent les fondations matérielles de l’union.
La dot d’Anne s’élève à 2 250 livres. Une somme considérable pour l’époque.
Sur ce montant, 1 000 livres sont versées immédiatement en espèces sonnantes. Le reste sera payé en cinq annuités de 250 livres. Cette organisation témoigne d’une gestion prudente et structurée du patrimoine. En échange, Anne est tenue quitte de ses droits successoraux : cette dot constitue sa part d’héritage anticipée.
À travers ce chiffre, c’est tout un niveau social qui apparaît. Nous ne sommes pas face à une famille de simples journaliers. Les Brudy et les Jourdan évoluent dans un milieu marchand et administratif, capable de mobiliser d’importantes liquidités.
La liste des assistants confirme l’importance de l’événement : sieur de Roquelongue, bourgeois, oncles influents, cousins germains. Ce mariage engage bien plus que deux individus ; il scelle une alliance entre réseaux familiaux solidement implantés dans le Gévaudan.
Mais l’acte ne s’arrête pas là. Dans un geste spectaculaire, Pierre Pascal père fait donation entre vifs à son fils de l’ensemble de ses biens. Meubles, immeubles, droits et actions : tout est transmis par anticipation.
Cependant, cette générosité s’accompagne de réserves extrêmement précises. Le père conserve l’usufruit de ses biens et se réserve :
- six setiers de blé par an (moitié froment, moitié seigle),
- un cheval ou mulet entretenu pour son usage,
- dix bêtes de laine pour en prendre la toison,
- cinquante livres de porc salé,
- huile, miel, sel, bois au bûcher,
- le droit de prendre des pigeons au pigeonnier,
- et l’usage d’une maison pour son habitation.
Cette énumération, presque domestique, nous offre une photographie rare de l’économie quotidienne d’un foyer aisé du début du XVIIIᵉ siècle. Elle révèle aussi une organisation familiale pensée pour éviter les conflits : pension prévue pour l’épouse en cas de veuvage, protection matérielle assurée, possibilité de légitimer d’autres enfants.
