Mars 2026 - #12mois#12couplesdancêtres : Pierre Pascal et Anne Brudy

Le 01/03/2026 0

Dans La Lozère

Le couple dont je vais vous parler, Pierre Pascal et Anne Brudy, sont nos sosas 1 774 et 1775. Ils naissent autour de 1700 dans une Lozère majoritairement paysanne. Pourtant, leur profil les distingue.

C’est ainsi que je les imagine.
Lui, le regard assuré, un registre ouvert entre les mains. Elle, digne et attentive, tenant un livre comme un symbole de transmission.
Nous sommes au début du XVIIIᵉ siècle, dans une Lozère encore profondément rurale. Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cache un couple singulier : paysan qualifié de bourgeois, demoiselle issue d’une famille de marchands, tous deux lettrés à une époque où savoir signer son nom n’allait pas de soi.

Pierre Pascal et Anne Brudy

Sieur Pierre Pascal, notre sosa 1 774, voit le jour à la toute fin du XVIIe siècle dans le hameau du Cayla, alors rattaché à la paroisse de La Capelle — aujourd’hui intégrée à la commune de La Canourgue.

Il est l’aîné de Pierre Pascal, fermier du prieuré de La Capelle et greffier consulaire, et de Marie Monestier.

Dès sa naissance, il s’inscrit dans une famille solidement implantée, mêlant gestion agricole et responsabilités administratives. Cette lignée nous est d’autant plus précieuse que deux de ses sœurs, Claude et Marie, figurent elles aussi parmi nos ancêtres : Pierre n’est pas un rameau isolé, mais un véritable carrefour de transmission familiale.

Signature Pierre Pascal

Sa future épouse, Anne Brudy, voit le jour vers 1705 au Rozier, aux confins des gorges et des causses.

Elle appartient à une famille de marchands : son père, Thomas Brudy, et sa mère, Catherine Jourdan, évoluent dans un milieu où l’on compte, négocie et voyage davantage que dans les simples foyers paysans.

Les Brudy sont originaires de Hyelzas, sur le causse Méjean, une terre rude mais stratégiquement située sur les voies de passage. Cette lignée nous est familière : elle a fourni bon nombre de nos ancêtres, tissant un réseau familial dense à travers la région.

Du côté maternel, les Jourdan sont établis aux Fonts, sur la paroisse de Saint-Bauzile. Le grand-père d’Anne y occupait des fonctions notables : fermier général du prieuré de Sainte-Enimie et second consul de Mende. Autant dire qu’Anne naît dans un environnement où l’on maîtrise les chiffres, les actes et les responsabilités publiques.

Elle sait signer son nom. Un détail en apparence anodin, mais précieux. Au début du XVIIIᵉ siècle, dans cette Lozère majoritairement rurale, une femme capable d’écrire affirme déjà une forme de distinction sociale. On peut raisonnablement supposer qu’elle lisait et écrivait avec aisance.

Signature Anne Brudy

Leur contrat de mariage : alliance et stratégie

Le 7 juin 1723, au Rozier, dans la maison de Thomas Brudy, l’atmosphère est solennelle. Autour de la table se tiennent parents, oncles, cousins, notables. Le notaire Antoine André déplie ses feuillets. On ajuste les chaises, on murmure quelques mots.

Ce matin-là, il ne s’agit pas seulement d’un mariage. Il s’agit d’un contrat.

Pierre Pascal, fils de Pierre Pascal du Cayla, et demoiselle Anne Brudy, fille de Thomas Brudy et de Catherine Jourdan, promettent de « se prendre en vrai et légitime mariage » en face de l’Église catholique. Mais avant la bénédiction religieuse, les familles règlent les fondations matérielles de l’union.

La dot d’Anne s’élève à 2 250 livres. Une somme considérable pour l’époque.

Sur ce montant, 1 000 livres sont versées immédiatement en espèces sonnantes. Le reste sera payé en cinq annuités de 250 livres. Cette organisation témoigne d’une gestion prudente et structurée du patrimoine. En échange, Anne est tenue quitte de ses droits successoraux : cette dot constitue sa part d’héritage anticipée.

À travers ce chiffre, c’est tout un niveau social qui apparaît. Nous ne sommes pas face à une famille de simples journaliers. Les Brudy et les Jourdan évoluent dans un milieu marchand et administratif, capable de mobiliser d’importantes liquidités.

La liste des assistants confirme l’importance de l’événement : sieur de Roquelongue, bourgeois, oncles influents, cousins germains. Ce mariage engage bien plus que deux individus ; il scelle une alliance entre réseaux familiaux solidement implantés dans le Gévaudan.

Mais l’acte ne s’arrête pas là. Dans un geste spectaculaire, Pierre Pascal père fait donation entre vifs à son fils de l’ensemble de ses biens. Meubles, immeubles, droits et actions : tout est transmis par anticipation.

Cependant, cette générosité s’accompagne de réserves extrêmement précises. Le père conserve l’usufruit de ses biens et se réserve :

  • six setiers de blé par an (moitié froment, moitié seigle),
  • un cheval ou mulet entretenu pour son usage,
  • dix bêtes de laine pour en prendre la toison,
  • cinquante livres de porc salé,
  • huile, miel, sel, bois au bûcher,
  • le droit de prendre des pigeons au pigeonnier,
  • et l’usage d’une maison pour son habitation.

Cette énumération, presque domestique, nous offre une photographie rare de l’économie quotidienne d’un foyer aisé du début du XVIIIᵉ siècle. Elle révèle aussi une organisation familiale pensée pour éviter les conflits : pension prévue pour l’épouse en cas de veuvage, protection matérielle assurée, possibilité de légitimer d’autres enfants.

Signatures CM Pascal Brudy

Leur descendance

Pierre et Anne ont eu 10 enfants, deux des garçons, Thomas (1728) et Jean-Pierre (1743) n'ont laissé que la trace de leur baptême dans les registres ; ils sont certainement décédés en bas-âge. 

L'ainée, Catherine, née en 1724, épouse un marchand de la ville de Chanac, Louis Bélard, en 1756. La même année, sa cadette de deux ans, Marie, s'unit avec Pierre Malafosse de la Canourgue. Catherine Rose, notre ancêtre, épousera Joseph Seguin, paysan à Soulages, paroisse de Saint-Georges-de-Lévéjac, et Marianne, la plus jeune des filles, se marie avec Jacques Vors, propriétaire au Maldefred.

L'ainé des garçons survivants, né en 1729, se prénommait Pierre comme son père. Il épousa Claire Sirven en 1757 et fut brièvement maire de la Capelle en 1801. Ils eurent 5 enfants, dont un fils qui fut Directeur des Droits Réunis du département de la Lozère dans la première moitié du XIXe siècle. Il s'est éteint en 1813.

Alexis, né en 1736, décédé en 1809 à l'âge de 73 ans, fut maire de Chanac ; je ne sais pas s'il était marié. 

Et Jean-François (1740-1827) fut longuement maire de la Capelle, entre 1804 et 1826. Il eut deux filles avec sa gouvernante Anne Seguin avant de légitimer leur union en 1805. Ils eurent ensuite un fils légitime qui n'a pas vécu.

Ainsi, à travers cette génération, on retrouve la diversité des trajectoires offertes aux enfants d’un couple lettré et bien implanté : alliances matrimoniales, carrières commerciales, engagement civique, fidélité aux terres familiales et parfois choix de vie atypiques, mais toujours dans le cadre d’une famille qui sait maintenir sa présence et son influence dans sa paroisse.

Leur fin de vie

Le 22 mai 1744, la maison du Cayla se referme sur le silence d’une mère trop tôt disparue, épuisée par dix grossesses. Pierre, désormais seul, continuera pourtant d’habiter ces murs, d’assister aux mariages, de porter les nouveau-nés au baptême. En 1777, lorsqu’il devient le parrain de son petit-fils Pierre Vors, c’est toute une boucle qui se referme : le prénom, le rang, l’héritage passent une fois encore à la génération suivante. Puis son nom s’efface des registres — mais pas de notre mémoire.

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Anti-spam