Il est né là, à Nivoliers, le 6 novembre 1696. Cinq jours plus tard, son grand-père Jean Lapeyre le tenait sur les fonts baptismaux de Saint-Privat, pendant que sa tante Madeleine Pratlong veillait à ses côtés. Tout le village était là, ou presque — les Valgalier, les Dides, tous voisins, tous illettrés, tous incapables de signer l'acte. Le curé Raynal avait écrit pour eux.
— Tu es né dans cette maison ? je demande, en désignant les pierres grises du hameau.
— Dans celle-là même. Mon père Jacques l'avait bâtie. Il l'appelait la maison neuve. On en était fiers.
Jacques Pratlong, son père, était né vers 1657. Sa mère, Françoise Lapeyre, vers 1655. Ils avaient tous deux la quarantaine passée à sa naissance — des parents tardifs, solides, enracinés dans ce causse comme les genévriers. La famille Pratlong comptait dans la paroisse d'Hures. Pas des nobles, certes, mais des gens qui signaient les actes de mariage comme témoins, qui prêtaient et qui recevaient. Des notables du causse.
— Tu avais des frères, des sœurs ?
— Une sœur, Marie. Elle est venue quatre ans après moi. Et Jacques, le petit frère, en 1706. Mais Marie est morte jeune, en 1724. J'ai déclaré son inhumation. C'est moi qui ai prononcé son nom devant le curé.
Il dit cela sans pathos, avec la résignation de ceux qui ont vu mourir autour d'eux depuis l'enfance. Sur le Causse Méjean au XVIIIe siècle, la mort des enfants et des jeunes adultes n'est pas une exception. C'est le rythme ordinaire de la vie.
Nous marchons un peu. Les pieds de Louis ne font aucun bruit sur les cailloux.