Vincent Tisserand, trois mariages et seize enfants

Le 05/03/2026 0

Dans Les Bourguignons

Vincent Tisserand (1741-1807), notre sosa 242, était "tissier de toiles", c'est à dire tisserand (cela ne s'invente pas !) à Varennes-Saint-Sauveur, en bresse louhannaise.
Mort à l'âge de 66 ans, il eut seize enfants de trois mariages.
Voici son histoire.

Sa jeunesse

Bresse louhannaise

Vincent est né le 11 janvier 1741 dans le village de Châteaurenaud, qui dépendait de la paroisse de Louhans. Il est le fils de Claude Tisserand et de Marie Maitre. Il est issu du second mariage de son père et était vraisemblablement le seul enfant survivant de cette famille.

Son père était laboureur, Vincent devint tissier de toiles.

Le tissier de toiles

On imagine volontiers Vincent Tisserand penché sur son métier à tisser, dans la pénombre d’une maison paysanne de Saône-et-Loire. Le grand cadre de bois occupe une bonne partie de la pièce. Les fils de chaîne sont tendus, serrés, comme les cordes d’un instrument. Assis sur son banc, il fait courir la navette d’un geste régulier. Tac… clac… tac… clac… Le bruit du métier rythme les journées.

Au XVIIIᵉ siècle, beaucoup de paysans complètent leurs revenus de cette manière. On cultive un peu de lin ou de chanvre, on file le fil, puis on tisse la toile. Ce travail se fait à la maison, entre deux saisons agricoles, souvent l’hiver lorsque les champs demandent moins de bras. C’est un métier patient, exigeant, qui demande du temps et une grande habileté.

Mais il nourrit rarement son homme. Les tissiers vivent modestement et dépendent des marchands qui viennent acheter les toiles. Les prix sont faibles, le travail long. Beaucoup, comme Vincent, passent d’un métier à l’autre au fil des années : tissier de toile un temps, puis manouvrier, puis cultivateur, selon les besoins et les possibilités.

Tisserand

Un premier mariage, une première famille

La première fois que Vincent Tisserand se marie, il est encore un homme jeune, au début de sa vie d’adulte. Comme beaucoup d’hommes de son milieu, il cherche à fonder un foyer et à assurer sa place dans la communauté rurale. Il épouse Catherine Lucas le 13 novembre 1764 en l'église de Varennes-Saint-Sauveur. Celle-ci est originaire de Loisia-en-Comté et réside à Varennes avec ses parents. Elle semble être beaucoup plus âgée que Vincent.

Ce premier mariage marque l’entrée dans la vie familiale : les enfants arrivent, les responsabilités aussi. Dans ces campagnes de Bresse où la vie est rude, le couple doit compter sur le travail quotidien pour subsister. Mais les existences du XVIIIᵉ siècle sont fragiles. La maladie, les accidents ou l’épuisement emportent souvent les épouses trop tôt. Catherine décède en octobre 1770, peu après la naissance d'une petite fille prénommée Anne Marie Josephte, qui n'a pas vécu. Vincent se retrouve veuf, avec un fils à élever.

Une seconde union pour reconstruire

Après la mort de sa femme, Vincent "fréquente" Benoite Coeur, une jeune fille originaire de Curciat-Dongalon qui habite à Varennes avec sa mère. Une petite Jeanne Marie nait de leurs oeuvres en 1771. Ils officialisent leur union le 5 février 1773. Dans ces familles nombreuses, une femme est indispensable pour tenir la maison, élever les enfants et participer au travail quotidien. Ce deuxième mariage permet au foyer de continuer à vivre, et la famille s’agrandit encore. Les années passent, rythmées par les naissances. Benoite lui donnera sept enfants. Mais là encore, la vie ne lui laisse pas longtemps la stabilité espérée : le destin frappe une nouvelle fois et Vincent perd sa seconde épouse qui meurt en couches en mars 1784.

Marie Blondet, la troisième épouse

C’est finalement avec Marie Blondet que Vincent Tisserand fonde son troisième foyer. Leur mariage a lieu le 27 février 1786, à la fin de sa vie d’homme actif, alors qu’il a déjà connu les joies et les épreuves de deux unions précédentes. Marie devient ainsi la belle-mère d’une fratrie déjà nombreuse, tout en donnant elle-même naissance à sept autres enfants. Parmi eux se trouve Claudine, la petite dernière de cette grande famille — et celle dont je descends. Elle arrive au terme d’une longue histoire familiale faite de deuils, de recommencements et d’une obstination simple à continuer malgré tout.

Au fil des actes, les métiers de Vincent Tisserand racontent une lente glissade sociale. D’abord tissier de toile, puis manouvrier, ensuite cultivateur. Des activités modestes, déjà, mais qui supposent encore de travailler, de produire, de vivre du fruit de ses mains.

Mais le dernier mot appartient à l’acte de décès. En 1807, Vincent meurt à l’âge de 66 ans. Et cette fois, le registre paroissial le qualifie d’un seul mot : mendiant.

Ce terme, brutal dans sa simplicité, dit beaucoup de la fragilité des existences à cette époque. Vieillir, tomber malade, perdre sa force de travail suffisait parfois à faire basculer un homme dans la pauvreté la plus totale.

Et pourtant, derrière cette fin de vie difficile demeure une trace bien plus durable : seize enfants (dont 9 morts en bas-âge, et 7 ayant fondé une famille) et une descendance qui traverse les siècles.

Sa troisième femme, Marie Blondet, a vécu jusqu'à l'âge de 74 ans. Elle est décédée en 1838, elle habitait le hameau de Montjouvent, à Varennes, chez sa fille Marie-Françoise.

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