Février 2026 — #12mois#12couplesdancêtres : Un mariage stratégique sous l'Ancien Régime

Le 08/02/2026 0

Dans La Lozère

Pour ce mois de février du challenge #12mois12couplesdancêtres, je vous emmène dans la vallée du Tarn à la rencontre de
Pierre Pourquery et Marguerite Cassan, nos sosas 1 564 et 1 565.
À travers leur union se dessine l’ascension d’une famille entrée dans les élites de robe du XVIIIᵉ siècle, entre héritage, stratégies familiales et bouleversements de la Révolution. Leur histoire éclaire, à l’échelle d’un couple, la transformation d’un monde sur le point de disparaître.

Ou se situe cette histoire ?

Le canton de Peyreleau, dont fait partie la commune de Rivière-sur-Tarn, se situe à l'extrêmité Sud-Est de l'Aveyron.
En remontant la rive droite du Tarn depuis Millau, on arrive dans le village de Boyne, duquel un embranchement mène vers la vallée du Trébans et permet de rejoindre le village du Bourg.

C'est dans ce village qu'est établie la famille Pourquery, depuis le début du XVIIème siècle.

Portrait de Pierre Pourquery

Pierre Pourquery image fictive

L'image ci-contre est un portrait imaginaire de Pierre Pourquery, avocat en Parlement et seigneur du Bourg, j'aurais bien aimé posséder un portrait réel mais ... 

Signature Pourquery Pierre

Né vers 1690 au Bourg, Pierre est fils de Pierre-Jean Pourquery et de demoiselle Marie Vaquier de Labaume, il appartient à une lignée qui cumule charges, terres et influence locale. Il porte le titre de sieur ou seigneur et exerce comme avocat en Parlement, fonction rare dans l’ascendance et révélatrice d’un haut niveau d’instruction.

Les actes conservés sont peu nombreux et Pierre laisse peu de signatures, mais ses testaments parlent pour lui. À deux reprises, il se rend chez Jean Jaoul, notaire royal de Compeyre, pour organiser la transmission de ses biens en faveur de sa femme et de ses enfants. Cette précaution, à un âge encore relativement jeune, laisse supposer une santé fragile ou une conscience aiguë de la brièveté possible des destins, même dans les familles favorisées.

Portrait de Marguerite Cassan

Il épouse Marguerite Cassan, originaire de Verrières, née vers 1700. Marguerite est la fille de sieur Antoine Cassan, bourgeois et procureur du Roi, et de Marguerite de Guérin. Par sa mère, Marguerite descend d’une famille noble, ce qui explique que la particule "de" lui soit parfois accolée dans les actes, sans que les Cassan n’aient jamais quitté juridiquement l’état roturier. Cette ambiguïté sociale, fréquente à l’époque, traduit une position intermédiaire entre bourgeoisie de robe et petite noblesse.

Signature Cassan Marguerite

Le couple s’installe au Bourg, cœur du pouvoir des Pourquery. Pierre y meurt prématurément, le 12 octobre 1737, à seulement quarante-sept ans. Il est inhumé dans la chapelle du Bourg, privilège réservé aux familles dominantes du lieu et marqueur fort de leur rang. Marguerite lui survit plus de vingt ans ; elle décède à son tour le 22 octobre 1761, toujours au Bourg, gardienne de la mémoire et des intérêts de la famille.

Leurs enfants

Les enfants de Pierre et Marguerite Pourquery

De leur union naissent six enfants, dont les trajectoires illustrent parfaitement la diversité des voies offertes à cette génération privilégiée. Les filles comme les garçons occupent des positions qui oscillent entre bourgeoisie, clergé et alliances stratégiques.

Marthe Pourquery épouse Pierre Bernat, bourgeois et marchand à Cabanac, consolidant les liens commerciaux de la famille. Marguerite, née en 1728, entre en religion au couvent de l’Arpajonie ; après la fermeture des établissements religieux, elle revient vivre avec ses frères et meurt en 1813, témoin silencieux de la fin d’un monde. Rose reste célibataire et décède relativement jeune.

Les fils, eux, incarnent pleinement le rayonnement de la famille. Antoine Jean Pourquery, notre ancêtre, poursuit la lignée au Bourg et sera avocat comme son père.

François, surnommé La Bartasserie, embrasse l’état ecclésiastique. Comme il était d’usage, ce surnom fait référence aux terres possédées par la fratrie, chaque frère portant ainsi un nom distinctif. En 1782, il règle sa situation matérielle par un acte notarié, obtenant une rente annuelle fournie par son frère, tout en conservant les biens en indivision. Très présent dans la vie familiale, il est parrain, témoin, et soutien constant de ses neveux et nièces.

Jean-Pierre, dit l’abbé de Boyne, né en 1736, suit également la voie du clergé. Ordonné prêtre en 1771, il est nommé sous-directeur de Notre-Dame de Lorette, près de Séverac, charge réelle qui l’oblige à résider sur place. La Révolution bouleverse brutalement cette existence : la maison des prêtres est saccagée, et Jean-Pierre doit se réfugier ailleurs, notamment à Recoulette en 1793, avant de revenir au Bourg. Inscrit à tort sur la liste des émigrés, il parvient à faire effacer son nom en 1797. Sa position ambiguë — prêtre sans charge paroissiale officielle — le place en marge des obligations de serment civique, ce qui nourrira rumeurs et soupçons. Il meurt tragiquement en 1801, assassiné avec son neveu Beaupré, ultime illustration de la violence qui marque la fin de l’Ancien Régime pour cette famille autrefois toute-puissante.

Destinées tragiques de leurs petits-enfants

Leurs petits-fils, enfants d'Antoine Jean, ont vécu de plein fouet les troubles révolutionnaires. Leurs destinées tragiques ont été racontées dans une série d'articles que je remets en lien ci-dessous. Nous descendons de cette famille par leur petite-fille, qui a épousé un riche paysan du Causse Méjean.

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